Négocier le virage du marché des obligations internationales

mercredi, 25.07.2018

Dans le contexte actuel, il est recommandé de privilégier la dette privée et notamment le segment du haut rendement qui est relativement peu sensible à l’évolution des taux.

Alexis Renault*

Il est recommandé de privilégier la dette privée et plus particulièrement le segment du haut rendement qui est relativement peu sensible à l’évolution des taux d’intérêt.

Freiner un véhicule qui roule à grande vitesse nécessite à la fois de l’habileté et de l’expérience. Ces deux qualités seront indispensables aux banques centrales ces prochains mois, voire ces prochaines années, lorsqu’elles reviendront à des politiques monétaires moins accommodantes. Aux Etats-Unis comme en Europe, les manœuvres de freinage ont déjà démarré. La Fed, maintient son rythme de remontée des taux inchangé malgré les turbulences géopolitiques. Et, sous réserve que l’inflation évolue comme prévu, la BCE a l’intention de mettre fin cette année à son volumineux programme de rachat d’actifs.

Ce dernier a consisté à acquérir non seulement des obligations d’Etat mais aussi des obligations émises par des institutions publiques, des lettres de gage (titres adossés à des créances hypothécaires) et des obligations d’entreprise. Il a par conséquent fortement influencé le marché obligataire, en particulier dans la zone euro. Alors que les  volumes des emprunts acquis par la Fed n’ont à aucun moment dépassé ceux des émissions nettes, ils ont été finalement sept fois supérieurs à ces dernières dans le cas de la BCE. Il n’est donc pas à exclure le fait qu’un arrêt des rachats de la banque centrale se traduise par des frictions sur les marchés.

Et lorsque l’on se souvient des répercussions importantes de l’annonce par la Fed de son intention de réduire ses achats d’actifs en 2013, il convient de ne pas sous-estimer le risque que représente une cessation de ces rachats. Mais la BCE agira probablement différemment de la Fed et elle n’enclenchera l’inévitable processus de normalisation qu’avec une très grande prudence.

Elle ne devrait donc pas réduire la taille de son bilan en 2019 et les sommes placées dans les titres arrivant à échéance seront réinvesties. Cela signifie que les obligations d’entreprises seront les premières à continuer de bénéficier de ce soutien. Par ailleurs, au vu de la qualité des fondamentaux des entreprises européennes, il n’y a pas lieu de craindre un éclatement de la bulle du crédit. Dans ce contexte, il est recommandé de privilégier la dette privée et plus particulièrement le segment du haut rendement qui est relativement peu sensible à l’évolution des taux d’intérêt.

Cependant, à la veille du mouvement de remontée des taux, il convient de limiter fortement le risque de duration des portefeuilles obligataires ou de les couvrir contre le risque de taux. Ces précautions devraient permettre aux investisseurs d’éviter des «sorties de courbe» lorsque les banques centrales entameront leurs grandes manœuvres de freinage.

* Responsable High Yield et gestionnaire de fonds obligataire, Oddo BHF AM






 
 

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