Véhicules autonomes: des obstacles majeurs restent à franchir

mercredi, 06.03.2019

Pour le professeur genevois Dimitri Konstantas, il est impossible pour l'instant de prédire quand se fera le passage de la conduite assistée vers le modèle réellement autonome.

Pour les voitures autonomes, le professeur genevois Dimitri Konstantas prévoit une évolution différenciée et échelonnée.

De très nombreux obstacles restent à surmonter, d'ordre psychologique, législatif et technique, avant que des véhicules 100% autonomes puissent circuler sur les routes. Spécialiste du sujet, le professeur genevois Dimitri Konstantas envisage une évolution étalée dans le temps et différenciée selon les régions et types de trajet effectués.

"2030, 2040, peut-être 2050? Impossible pour l'instant de prédire quand se fera le passage de la conduite assistée vers le modèle réellement autonome", a déclaré lors d'une conférence au Salon de l'auto de Genève M. Konstantas, directeur de l'Institut des sciences de l'information à Université de Genève.

Un véhicule autonome de "niveau 4 ou 5" (ce dernier niveau correspondant au stade d'évolution le plus avancé de l'autonomie) permet de transporter des passagers dont aucun ne disposerait d'un permis de conduire. Actuellement, la législation l'exclut. Une personne doit être en mesure de (re)prendre le contrôle du véhicule à tout moment, donc d'en avoir les capacités, dûment évaluées.

A priori, théoriquement, les voitures autonomes sont susceptibles d'être plus sûres que celles avec conducteur. Toutefois, si aujourd'hui la société admet l'erreur dans la conduite humaine, elle ne l'accepte pas lorsque le véhicule est contrôlé et piloté par la technologie. Les mentalités "doivent" donc évoluer et la législation également.

"La question de la responsabilité n'est en effet pas réglée avec les véhicules autonomes. Qui est responsable en cas d'accident? Le constructeur, le fabricant du logiciel ou encore le système de communication?", interroge M. Konstantas.

"Aujourd'hui, le législateur est encore réservé, il préfère ne pas prendre de risques", a-t-il précisé. "Mais tout peut aller très vite. Il suffit par exemple qu'une ville apporte la preuve de la viabilité du modèle autonome pour que tout s'accélère d'un coup et que d'autres embrayent."

D'abord dans les villes

M. Konstantas dresse le parallèle avec les téléphones portables. Il y a une douzaine d'années, l'iPhone n'existait pas. Puis très vite, le marché des portables a été bouleversé par cette innovation et le "tout-smartphone" s'est imposé.

Pour les voitures autonomes, le professeur prévoit une évolution différenciée et échelonnée. Elle se fera en bonne partie parallèlement à l'évolution vers les modèles électriques. "Pour 2030, les autorités fédérales prévoient que 20% du parc automobile suisse soit électrique. A cette date, je n'imagine pas qu'un trajet de Genève à Zurich par exemple se fasse en véhicule autonome. En revanche, c'est envisageable dans certaines zones précises, par exemple au sein de l'agglomération genevoise entièrement cartographiée en 3 D."

En l'état actuel, il faut encore parvenir à apporter la preuve que des voitures sans pilote peuvent rouler sans provoquer d'accident. La réticence l'emporte encore, comme vient de le montrer le récent holà mis au projet de La Poste concernant le transport de colis par des robots de livraison.

Le problème de la cybersécurité n'est pas des moindres. Le risque de piratage est évident, avec une possible prise de contrôle à distance des véhicules par des "hackers". Les notions de complexité et de sécurité sont "antinomiques", a relevé M. Konstantas. Plus la technologie est poussée à l'extrême, plus sont grands les risques de brouillage, d'interférences, de malveillance.

"La conduite autonome est un très beau rêve. Elle promet de voyager plus vite, de désengorger les routes et les parkings, tout en consommant moins d'énergie. Mais il reste des défis majeurs à surmonter", a résumé M. Konstantas. Il faudra pour y parvenir mobiliser toutes les ressources de l'intelligence artificielle. (ats)






 
 

AGEFI



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