Investissement factoriel multi-actifs: deux siècles de performances éprouvées

lundi, 25.02.2019

Pour être considéré comme pertinent, un facteur doit être avant tout largement validé par des données empiriques. Sinon, les recherches académiques sur les primes factorielles multi-actifs pourraient faire l’objet de «p-hacking», ou plus simplement «data mining».

Pim van Vliet*

Au cours de l’analyse des données qui caractérisent les facteurs potentiellement pertinents, il est de la plus grande importance pour les chercheurs de prendre en compte le risque de «p-hacking». Le «p-hacking» se réfère au fait que les chercheurs examinent des milliers de stratégies d’investissement différentes, mais qu’ils ne parlent que de celles qui affichent les meilleures performances historiques, ce qui a pour effet de biaiser le niveau de significativité (p-value) de l’étude. Il est donc important de rechercher de nouvelles données financières historiques pour éviter ce problème de «p-hacking».

Une étude menée par l’auteur de cet article ainsi que deux chercheurs, Guido Baltussen et Laurens Swinkels, de l’Université Érasme de Rotterdam,  a examiné six primes factorielles majeures dans les indices actions, les obligations d’État, les devises et les matières premières, en se basant sur des données remontant jusqu’aux années 1800. Ce vaste échantillon leur a permis de tester certains facteurs et de s’assurer que les précédents résultats ne provenaient pas simplement d’un phénomène de «p-hacking». Une analyse des données sur une si longue période permet de couvrir les différents stades d’un cycle économique ainsi que les périodes de crises, ce qui permet d’étudier la sensibilité des primes factorielles aux marchés financiers et aux conditions macroéconomiques.

Des facteurs persistants

Les auteurs ont constaté l’existence de primes significatives, persistantes et solides de momentum, valorisation, saisonnalité et portage, au sein de quatre classes d’actifs. Ils démontrent la présence d’un effet de faible risque sur les marchés actions, mais pas sur d’autres classes d’actifs, ce qui est conforme aux explications généralement avancées pour l’effet de faible risque. Ils ont également constaté que ces quatre primes fonctionnent généralement bien les unes avec les autres, dans un contexte de diversification de portefeuille.

Ratios de Sharpe plus élevés

De même, les auteurs démontrent que le momentum de performance absolue (time series momentum) et le momentum de performance relative (cross-sectional momentum) sont par essence des facteurs similaires. Ils affirment en outre que les stratégies factorielles multi-actifs génèrent des ratios de Sharpe statistiquement plus élevés (compris entre 0,5 et 1,2), ce qui aboutit à des performances positives dans presque toutes les décennies depuis 1800.

Les primes factorielles restent solides à travers les différentes phases économiques (marché haussier ou baissier, récession ou expansion, période de crise ou de croissance et prospérité).

Les auteurs ont également étudié le risque de krach comme explication possible de ces primes factorielles mais n’ont trouvé aucune preuve de cela.

Des preuves empiriques et convaincantes  

Dans l’ensemble, les auteurs de l’étude présentent des preuves empiriques convaincantes quant à l’existence de la plupart des primes factorielles dans les principales classes d’actifs, leur solidité économique et leur persistance dans le temps. Il est très peu probable qu’elles soient le résultat d’un phénomène de «data mining», ce qui soutient l’hypothèse qu’elles continueront d’exister à l’avenir.

*Head of Conservative Equities, Robeco






 
 

AGEFI



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