Pour éliminer un obstacle fiscal à la promotion des femmes

mardi, 22.09.2020

Claudine Amstein *

Claudine Amstein.

Un geste bienvenu pour les familles et favorisant du même coup la promotion des femmes dans le monde du travail: voilà un objet qui ne devrait poser aucun problème devant les urnes. Et pourtant!
De manière assez stupéfiante, le projet fédéral d’augmenter la déduction pour frais de garde d’enfants est l’un des objets les plus contestés des votations du 27 septembre prochain.

La gauche, qui a lancé le référendum contre cette révision de la loi sur l’impôt fédéral direct (IFD), y voit un cadeau fait aux «riches», sous prétexte que seuls ceux qui paient l’IFD en bénéficieraient, soit environ 60% des familles.

Le montant maximum déductible serait relevé de 10.100 à 25.000 francs par enfant. En outre, la déduction générale pour enfants passerait de 6500 à 10.000 francs, ce qui soulagerait les familles quel que soit le mode de garde de leur progéniture.

Mais qu’est-ce donc qu’une famille «riche»? La réalité, c’est que la classe moyenne est la plus concernée par cette réforme, elle qui ne perçoit aucune aide étatique, comme des subventions pour les primes-maladie ou encore des prestations complémentaires. De fait, les parents qui ont un taux d’occupation important sont injustement frappés de trois manières: par la progressivité de l’impôt, par les tarifs élevés des structures d’accueil et, précisément, par l’insuffisance de la déduction des frais de garde.

Dans un tel contexte, il n’est guère surprenant de voir de nombreux couples renoncer à accroître leur charge de travail. Certains parents réduisent même leur activité ou quittent leur emploi en raison des coûts engendrés.

Ce phénomène touche notamment les mères disposant d’une bonne formation et hautement qualifiées, ce qui prive du même coup les entreprises de talents.

Ces trente dernières années, les dépenses liées aux crèches ont fait exploser le budget familial, d’autant plus que leur coût est proportionnel au revenu. Le calcul est d’ailleurs vite fait: à partir de 4 à 5 jours de garde par des tiers, le gain salarial potentiel se mue en perte.

Des experts estiment que 2500 postes à plein temps pourraient être pourvus à court ou à moyen terme en prenant des mesures adéquates. L’augmentation des déductions pour les frais de crèche, c’est une évidence, contribuerait à adapter la fiscalité aux dépenses réelles engendrées par la garde des enfants par des tiers, et permettrait aux entreprises de bénéficier de l’apport précieux de femmes en plus grand nombre.

La crise liée au Covid-19 a encore accentué la nécessité de disposer de meilleures conditions-cadre liées aux structures d’accueil de jour.

La brutale fermeture des écoles et des crèches a rendu la conciliation entre vies professionnelle et familiale extrêmement difficile. De nombreuses familles ont dû trouver dans l’urgence des solutions pour leurs enfants et, dans le même temps, assumer leurs obligations professionnelles.

Plus que jamais, il faudrait mettre l’accent sur la flexibilisation des horaires de travail, sur la mise en place d’horaires scolaires harmonisés et, surtout, sur un accès facilité à des structures d’accueil pré- et parascolaires. La Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie et ses membres ont d’ailleurs soutenu, dès sa création, la Fondation d’accueil de jour de la petite enfance en participant au financement des places d’accueil.

Cela fait longtemps que la fiscalité des familles doit être repensée. Le moment me paraît donc opportun d’y contribuer en acceptant d’augmenter la déduction pour frais de garde d’enfants le 27 septembre.

* directrice de la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie






 
 

AGEFI



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