Pour apprendre, le stylo est plus efficace que le clavier

dimanche, 12.05.2019

Christophe Clavé *

Christophe Clavé

Une étude réalisée en 2014 par des chercheurs de Princeton et de UCLA publiée dans Psychological Science (Pam Mueller, Daniel Oppenheimer) a montré de façon scientifique ce qui était déjà pressenti par de nombreux chercheurs et praticiens, à savoir que la prise de note manuelle est cognitivement plus efficace que la prise de note sur un ordinateur.

Lorsqu’on prend des notes sur un ordinateur, on est souvent distrait et déconcentré par des éléments perturbateurs, des mails, des notifications, la tentation d’aller sur internet et de conduire plusieurs tâches simultanément. Ces facteurs de distraction sont à l’évidence la cause de capacités d’apprentissage amoindries.
Ce que cette étude montre est que même lorsque la prise de note est l’unique centre d’attention, et que l’ordinateur est déconnecté d’internet, le potentiel d’apprentissage est réduit par rapport à une prise de note traditionnelle, avec un stylo et du papier. La prise de note sur ordinateur a tendance à reproduire un verbatim plus complet.
De ce point de vue, les notes prises au clavier sont plus denses et plus complètes et il sera plus aisé de les consulter ultérieurement. Cet avantage est néanmoins largement supplanté par l’apprentissage provenant d’une prise de note traditionnelle. Celle-ci met en jeu des mécanismes cognitifs plus sophistiqués, et un processus mental de traitement de l’information permettant un apprentissage approfondi.

Traitement cognitif bien plus actif et plus productif

L’écriture manuelle, plus lente que la retranscription par clavier, oblige à résumer, reformuler, raccourcir. Ce faisant l’information fait l’objet d’un premier traitement cognitif bien plus actif et plus productif. Il est aussi intéressant de mentionner que les étudiants prenant des notes via leur PC se disent généralement moins satisfaits de la qualité des enseignements que les étudiants écrivant au stylo.
La prise de note manuelle, à travers un processus d’encodage, améliore l’apprentissage et la rétention. Plus l’information est «processée» pendant la prise de note, plus profond est l’apprentissage. L’idéal est que la prise de note manuelle ne se limite pas à recopier les mots entendus, mais les résume, utilise des abréviations, relient les idées entre elles.
Une grande différence apparait dans la nature des apprentissages. Les résultats diffèrent sensiblement selon que l’on demeure sur des sujets factuels, ou si on travaille sur des concepts. La supériorité de la prise de note manuelle est démontrée dans tous les cas, mais dans des proportions plus faibles pour la mémorisation de données factuelles, ainsi que beaucoup plus importante dès qu’il s’agit de données conceptuelles. Cette étude démontre que la prise de note via un ordinateur réduit la performance académique.
Toutes les configurations imaginables ont été testées. Les chercheurs ont donné des consignes à différents groupes sur la nature de leur prise de notes, et tous les résultats confirment la supériorité cognitive de la prise de note manuelle. Celle-ci semble associée à ce fameux «encodage cognitif» qui lui confère un avantage permanent sur la prise de note via un clavier surtout lorsque des contenus conceptuels sont concernés.
Cet encodage tire ses racines dans la sélection plus poussée des informations choisies, ce qui permet une étude du contenu plus efficace. La conclusion est simple: l’ordinateur malgré sa popularité pourrait être banni des salles de classe et des amphis, limitant son utilisation à des exercices et des recherches ponctuelles et encadrées. Vive le retour des bons vieux cahiers, crayons et stylos à plume?

* Professeur de stratégie et de management, Inseec SBE






 
 

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