Population: gérer intelligemment le «Métropolegraben»

mercredi, 27.02.2019

Patrick Eperon*

Patrick Eperon

C’est la Métropole lémanique qui, toutes régions de Suisse confondues, a gagné le plus d’habitants entre 1960 et 2017, devant même le canton de Zurich.

Il y a peu, les autorités vaudoises ont célébré la 800.000e habitante du canton romand le plus peuplé. Cette nouvelle a été davantage médiatisée que le franchissement par le canton de Genève du cap des 500.000 habitants, mais tout autant ou presque que la récente communication selon laquelle la population du canton de Neuchâtel a perdu plus de 1000 habitants l’an dernier.

Ces trois informations relatives à la population de la moitié des cantons romands résument fort bien la situation actuelle de la Suisse en la matière: un «Métropolegraben», soit un fossé entre régions en croissance et régions en stagnation, voire en déclin, s’est creusé entre 1960 et 2017, dernière date pour laquelle des données sont disponibles. Par ailleurs, ce fossé ne se recoupe en aucun cas avec la frontière des langues, la part de la population de l’ensemble de la Suisse romande à la population de notre pays ayant significativement augmenté ces presque soixante dernières années.

Cela posé, c’est au sein des deux principales régions linguistiques que les différences sont, de loin, les plus significatives. On notera ainsi en premier lieu le déclin de la population de la ville de Bâle, qui fait que la croissance de Bâle-Campagne n’a pas suffi à enrayer la perte d’importance démographique relative de la métropole bâloise, clairement reléguée à la troisième place derrière la métropole lémanique et l’Espace métropolitain zurichois. On soulignera aussi que, si le canton de Berne a gagné des habitants, son poids démographique ne cesse de diminuer, comme l’atteste le fait que le Conseil national ne comptera plus que 24 sièges bernois pour la future législature fédérale 2019-2023. Enfin, on relèvera en Suisse romande la stagnation démographique de l’Arc jurassien, surcompensée en quelque sorte par une augmentation de quelque 600.000 habitants dans l’ensemble Vaud-Genève ces soixante dernières années!

De fait, c’est la métropole lémanique qui, toutes régions de Suisse confondues, a gagné le plus d’habitants entre 1960 et 2017, devant même le canton de Zurich, qui maintient son importance démographique relative, sans plus.

Cette réalité démographique métropolitaine de la Suisse du XXIe siècle doit tout d’abord être bien perçue par les responsables politiques en général et les responsables romands en particulier, ce qui semble malheureusement ne pas être toujours le cas. Cette réalité démographique métropolitaine devrait ensuite être gérée au plan politique sur la base des trois axes suivants: premièrement, l’attribution de crédits ferroviaires et autoroutiers sur la base d’un nouveau critère démographique, en sus des critères existants. Deuxièmement, l’attribution de nouvelles zones à bâtir aux métropoles les plus dynamiques, sur le «modèle» de la réaffectation des 70 hectares de l’ancien aérodrome militaire de Dübendorf, dont a pu bénéficier l’Espace métropolitain de Zurich.

Enfin, troisièmement, il s’agit pour les autorités cantonales, voire communales, au sein d’une métropole comme celle de l’Arc lémanique, d’intensifier leurs collaborations horizontales, l’importance de la partie vaudoise du Grand Genève étant en ce sens insuffisamment prise en compte.

* Centre Patronal






 
 

AGEFI



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