Les banques centrales ramenées à de dures réalités

jeudi, 28.02.2019

Politique monétaire. Les tours de vis monétaires ne semblent en effet plus vraiment à l’ordre du jour.

Daniel Varela*

Une majorité d’indicateurs économiques confirme un coup de frein conjoncturel dans le monde à fin 2018 qui se prolonge en ce début d’année. Le ralentissement est particulièrement prononcé pour le secteur manufacturier dans un contexte de tensions commerciales entre les Etats-Unis et ses principaux partenaires commerciaux. Si cette détérioration industrielle se prolongeait, elle pourrait affecter une consommation privée qui résiste encore bien dans la plupart des pays. Pour l’instant, le moral des ménages est encore au beau fixe grâce au recul du chômage et à un pouvoir d’achat revigoré par les hausses salariales et la baisse de la facture énergétique. 

Les banques centrales semblent avoir pris conscience des risques d’un ralentissement trop abrupt de l’activité. La baisse du cours du pétrole et des chiffres de l’inflation leur donne l’occasion de remettre en cause la normalisation des politiques monétaires. C’est ce qui ressort de la retranscription des débats qui ont marqué les réunions du mois de janvier de la Réserve fédérale américaine et de la Banque centrale européenne. Les tours de vis monétaires ne semblent en effet plus à l’ordre du jour. 

Rétropédalage imminent

En ce qui concerne la Fed, la pause sur les taux pourrait être plus durable que prévu et la réduction du bilan semble également remise en question après l’été. Du côté de Francfort, un rétropédalage est également en cours. Alors que la BCE vient à peine de mettre fin à son programme de rachat d’actifs, de nouvelles mesures de soutien semblent être considérées. On parle notamment de l’octroi de nouveaux prêts à long terme pour le secteur bancaire, à l’image des plans TLTRO utilisés par la BCE entre 2014 et 2017. Il pourrait s’agir d’une dernière injection de liquidités qui viendrait s’ajouter à la longue liste des outils non-conventionnels utilisés par Mario Draghi durant sa présidence. 

Mesure improbable

Une telle mesure à quelques mois de sa retraite officielle semblait improbable il y a encore quelques mois. Elle pourrait désormais être adoubée, y compris par ses très conservateurs collègues germaniques en raison de la nette détérioration du climat des affaires outre-Rhin. Cet environnement de banques centrales accommodantes et de rendements obligataires au plancher reste favorable aux marchés boursiers. Néanmoins, après le fort rally observé depuis le début de l’année et compte-tenu d’un certain retour d’optimisme auprès des investisseurs, une période de consolidation ne serait pas totalement surprenante.

*Chief Investment Officer, Banque Piguet Galland






 
 

AGEFI



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