La prudence de la Réserve fédérale soulage les banques centrales asiatiques

lundi, 11.02.2019

Politique monétaire. Le ralentissement du cycle de resserrement aux Etats-Unis est un ballon d’oxygène pour les banques centrales d’Asie.

Catherine Reichlin*

Dans un monde toujours plus intégré, l’effet papillon s’accélère. C’est de cette manière que le changement de ton de la Réserve Fédérale américaine (Fed) a provoqué un soupir de soulagement chez les banquiers centraux... asiatiques. Pour ces derniers, l’année s’était déjà ouverte sous de bons auspices avec le discours de M. Powell qui préparait le marché à une politique monétaire moins restrictive. Cette perspective a ensuite été confirmée lors de la réunion de la Fed du 30 janvier. 

La Fed annonce donc une pause dans le resserrement monétaire et se montrera plus «patiente» dans la suite du cycle. Du pain béni pour les Banques Centrales asiatiques qui s’étaient retrouvées malgré elles entrainées dans le même cycle de hausses de taux. Afin d’éviter un écartement important du différentiel entre leurs taux d’intérêts et ceux des Etats-Unis et, des probables conséquences baissières sur leur monnaie, elles ont dû relever leurs taux d’intérêt locaux dans un contexte domestique plus fragile. 

Relever les taux alors que l’inflation est, et reste basse, revient à faire grimper les taux d’intérêts réels dans des économies ne tournant pas à plein régime. Depuis les annonces américaines, les monnaies asiatiques ont repris des couleurs mais qu’en est-il de leurs politiques monétaires? Les signaux déjà reçus indiquent des pauses dans le cycle de resserrement.

Le renouveau de la BOI

La Banque Centrale indienne (BOI) est déjà allée plus loin puisqu’elle a pris le marché par surprise cette semaine en baissant son taux de référence de 25bp à 6,25%. L’année débute donc sous le ton du renouveau à la BOI: nouveau gouverneur, M. Das, qui remplace M. Patel poussé à la démission après des attaques sur le manque d’autonomie de la BOI, changement de biais monétaire à neutre, et baisse de taux (4 membres pour, 2 membres contre). La décision a été accompagnée par une baisse providentielle des prévisions d’inflation de 3,2-3,4% à 2,8% pour la période janvier-mars.

La BOI a donc pris le parti de soutenir son économie qui pourtant bénéficie déjà d’une politique fiscale particulièrement expansive. Cette dernière, conjuguée à une reprise des prix du pétrole, pourrait faire réapparaître prochainement l’inflation pour ce pays importateur de pétrole. Reste qu’avec une inflation de 2,2%, au plus bas depuis 18 mois, qui pourrait la blâmer. Une situation toutefois à garder à l’œil. 

Deuxième économie du sud-est asiatique, la Thaïlande a également accueilli avec reconnaissance ce ballon d’oxygène. Le pays fait face à un taux d’inflation historiquement bas de 0,3% et l’économie a encore besoin de regagner de la traction. Ne pas devoir continuer à relever les taux est sans conteste un soulagement. 

Les vainqueurs du jour ne seront pas forcément ceux du lendemain et si, pour aujourd’hui, les Banques Centrales asiatiques peuvent voler de leurs propres ailes, elles pourraient également faire partie des premières victimes si le ton durcissait à nouveau aux Etats-Unis.

*Responsable recherche financière chez Mirabaud & Cie SA






 
 

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