La Fed pourrait relever ses taux

mardi, 09.04.2019

Politique monétaire. La récente baisse des rendements des bons du Trésor américain augmentent les craintes d’une récession.

Frank Häusler*

Récemment, les rendements des bons du Trésor à 10 ans sont tombés en dessous des rendements à 3 mois. Une assez mauvaise nouvelle pour l’économie américaine puisque l’inversion des courbes de rendement, et donc une compression des écarts de taux, a toujours été un indicateur de récession. Néanmoins, les choses ne se détériorent habituellement que lorsque la plupart des segments de la courbe de rendement (2 ans/10 ans, 5 ans/30 ans et 3 mois/10 ans) s’inversent en même temps. Il n’est donc pas encore temps de paniquer.
Les récessions sont inévitables après une reprise économique et font partie du cycle économique naturel. Toutefois, elles restent extrêmement difficiles à prédire. Et c’est là qu’intervient l’écart de taux, puisqu’il sert de mesure de l’état futur de l’économie - il s’agit de la différence de rendement entre les obligations souveraines à court terme et à long terme. Ces rendements sont tracés sur la courbe de rendement avec des obligations à long terme offrant des gains supérieurs à ceux des obligations à court terme dans un environnement économique sain. En effet, les investisseurs qui détiennent des obligations à plus long terme sont récompensés pour le risque d’inflation à long terme. Dans ce cas, la courbe de rendement est en pente ascendante et l’écart de taux est positif.
A l’opposé, la courbe des taux s’aplatit, voire s’inverse lorsque les perspectives économiques s’assombrissent ou lorsque les banques centrales relèvent leurs taux directeurs. Lorsque les taux à court terme dépassent les taux à long terme, l’écart de taux devient négatif – une situation qui a précédé les récessions des 60 dernières années.
Il est encore temps
Jusqu’à présent, au cours de ce cycle, la courbe de rendement sur les 2 ans/10 ans ne s’est pas encore inversée et la courbe sur les 5 ans/30 ans s’est accentuée. Notre modèle de prévision de récession estime actuellement que la probabilité de récession aux États-Unis est de 17% pour les 12 prochains mois.
L’écart à court terme est un indicateur généralement surveillé de très près. Il reflète les attentes des opérateurs de marché quant à l’orientation actuelle de la politique monétaire de la Fed. Il s’agit en fait de la différence entre le taux à terme implicite actuel (18 mois à compter de ce jour) sur le 3 mois et le rendement actuel à 3 mois. Pour le moment, cette relation est inversée. Le taux à 3 mois dépasse le taux à 3 mois projeté dans 18 mois. Cela indique que le marché s’attend à des baisses de taux, notamment si l’on considère que la Fed a dépassé son objectif de normalisation de politique monétaire alors que les perspectives de croissance ont été revues à la baisse.
Nous ne partageons pas cette vision. En effet, la position actuelle de la Fed, consistant à mettre un terme à son cycle de hausse des taux d’intérêt, est trop souple. Nous prévoyons une stabilisation de la croissance mondiale en Chine, en Europe et aux États-Unis. D’ailleurs, ces derniers sont sur la voie d’une normalisation de la croissance plutôt qu’en situation de baisse. Toutefois, la croissance de 2,9% marquée l’an dernier n’est pas viable à long terme.
En conséquence, nous prévoyons une croissance américaine s’élevant à 2,2% pour cette année, ainsi que de probables nouvelles hausses de taux pour les 18 prochains mois. La Chine a récemment publié des données PMI rassurantes et l’indice Li Keqiang prévoit des conditions stables à l’avenir.
L’Europe devrait bénéficier de la stabilisation de la Chine. Les tendances qui se dégagent des principales données économiques publiées en Europe indiquent une croissance de la zone euro retardée et non annulée.
En effet, l’agenda politique européen est dominé par la question du Brexit, les tarifs douaniers sur les voitures européennes, des élections parlementaires et des mouvements populaires, comme les gilets jaunes en France. Heureusement, dans la plupart des cas, ces événements ont des délais plus ou moins fixes.
Les investisseurs devraient donc être à même d’anticiper la tendance à venir. En outre, il est peu probable que la Banque centrale européenne fasse obstacle à la croissance, étant donné que les hausses de taux ne semblent pas être à l’ordre du jour. Par conséquent, l’Europe devrait connaitre, un peu plus tard dans l’année, une croissance légèrement supérieure à celle des États-Unis.
Les perspectives économiques suisses sont similaires à celles de son voisin européen et principal partenaire commercial.
Les fortes pondérations de l’indice boursier principal du pays sont sur la défensive, ce qui permet à l’économie helvétique de bien résister aux potentielles tempêtes et périodes d’incertitude.
A son tour, la BNS devrait suivre de près les mesures prises par la BCE mais avec un léger retard.

* Responsable stratégie, Vontobel AM






 
 

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