La leçon de suspense avec la Banque nationale suisse

jeudi, 14.11.2019

Politique monétaire. Ces dernières années, la question du franc suisse est devenue cruciale.

Daniel Varela*

Daniel Varela.

La politique de la Banque nationale suisse est limpide. Comme les autres grandes banques centrales, son objectif principal est de viser une inflation légèrement positive et stable ainsi que de promouvoir une croissance à long terme favorable à l’emploi. Ces dernières années, la question du franc suisse est devenue cruciale. Les excédents des balances commerciale et budgétaire, le faible endettement et la stabilité politique attirent les capitaux vers la Suisse.

Fragile équilibre

Du coup, ils provoquent une tendance haussière durable sur le franc face à des monnaies dépourvues de ces mêmes atouts. Au point de menacer ce fragile équilibre au moment où l’économie mondiale ralentit sur fond de tensions commerciales. Car la Suisse est une économie fortement tournée sur le monde et une forte appréciation de sa monnaie aboutit à des pertes de marchés à l’international et des baisses de prix (désinflation) sur les produits importés.
D’où une politique monétaire qui vise à stabiliser le franc notamment contre l’euro. Car le principal partenaire commercial reste l’Union européenne (60% des échanges) et en particulier l’Allemagne (22%). Et notre balance commerciale très déficitaire à l’égard de nos partenaires européens indique qu’on achète plus qu’on ne leur vend des produits. D’ailleurs, le fait que les déficits se creusent récemment prouve aussi que nos exportateurs tirent la langue dans un contexte de franc fort. Mais si l’attention de la BNS reste rivée sur l’évolution de l’euro, elle se doit de garder un œil sur d’autres devises.

Les foudres de Trump

Car les échanges se développent avec le reste du monde et en particulier avec la Chine (6% des échanges) et surtout les Etats-Unis (12%). Mais comment rester active sur le franc sans attirer les foudres de l’administration Trump en raison d’une balance commerciale très excédentaire à l’égard de l’Amérique. Dissuader les spéculateurs sans fâcher les partenaires commerciaux s’apparente à chercher la quadrature du cercle! C’est pourquoi la BNS est obligée de lutter contre le renchérissement du franc en intervenant épisodiquement sur le marché des changes et en entretenant la menace de nouvelles baisses de taux.
Ce qui pose aussi des défis à l’échelle nationale. En rassurant l’industrie et les exportateurs, on se met à dos le secteur financier et les caisses de pension en les frappant de taux négatifs. Espérons que la tension observée sur les taux longs en CHF ces dernières semaines est le prélude d’un début de retour à la normale, mais il est permis d’en douter.

* Chief Investment Officer, Banque Piguet Galland






 
 

AGEFI




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