Francfort mise sur la prudence et la patience

lundi, 28.01.2019

Politique monétaire. Bien que la Banque centrale européenne n’ait pas à ce stade révisé ses estimations de croissance, elle est susceptible de le faire lors de la réunion de mars.

Enguerrand Artaz*

Les attentes pesant sur la première réunion de l’année de la Banque centrale européenne étaient peu nombreuses, même si certains investisseurs espéraient un ton plus accommodant de la part de Mario Draghi, ainsi que d’éventuelles indications sur un changement de timing de la première hausse des taux. Sur ce deuxième point, les marchés en sont pour leurs frais, avec une stratégie inchangée: les obligations arrivées à maturité continueront d’être réinvesties bien après la première hausse de taux, qui n’aura pas lieu avant l’été prochain. 

La position du président de la BCE était en revanche plus prudente concernant la situation économique. La BCE est résolument plus sensible aux risques auxquels est confrontée l’économie, estimant davantage de risques baissiers. Mario Draghi a pointé la persistance des incertitudes liées aux risques géopolitiques et au protectionnisme, qui pèsent sur le sentiment. Il a également évoqué la déception des derniers indicateurs économiques et le ralentissement des échanges mondiaux ainsi que la vulnérabilité de certains pays émergents (la Chine notamment, même s’il s’est montré optimiste sur l’efficacité de possibles mesures de relance), mentionnant en outre la volatilité des marchés financiers.

Prendre le temps

Bien que la BCE n’ait pas à ce stade révisé ses estimations de croissance, elle est susceptible de le faire lors de la réunion de mars, comme l’a annoncé par la suite François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France et membre du conseil des gouverneurs de la BCE. Celui-ci a d’ailleurs précisé que la BCE «prendra le temps nécessaire en fonction de l’activité et de la situation économique». Une rhétorique qui, malgré le découplage de la politique monétaire, est finalement très proche de celle adoptée dernièrement par la Fed. 

Cette prudence affichée par la BCE intervient alors que la semaine a été riche en données économiques inquiétantes. Le FMI vient de revoir à la baisse ses prévisions de croissance 2019, à 3,5% contre 3,7% pour la croissance mondiale, et à 1,6% contre 1,9% pour celle de la zone euro. Les enquêtes PMI préliminaires pour la zone euro en janvier ont été à nouveau décevantes, avec un PMI Composite qui ressort en baisse à 50,7 alors qu’il était attendu en légère hausse à 51,4. Enfin, l’indicateur de l’IFO qui mesure la confiance des chefs d’entreprises allemands sur les perspectives économiques a touché, à 94,2, un point bas depuis fin 2012. 

Il convient néanmoins de nuancer ce sombre tableau.

Deux éléments sont en effet à même de redonner du souffle au cycle européen. D’une part, le ton prudent, adopté par Mario Draghi, suggère des conditions financières qui vont rester durablement accommodantes. Les entreprises européennes, globalement moins endettées que leurs homologues américaines, pourraient ainsi se réendetter pour lancer des programmes d’investissements susceptibles d’augmenter les capacités de production. 

D’autre part, la relance budgétaire française va favoriser le pouvoir d’achat des ménages les plus prompts à consommer. Cet exemple pourrait être suivi par d’autres pays et constituer un soutien majeur. 

A cet égard, Mario Draghi a appelé, une nouvelle fois, les gouvernements de la zone euro à mettre en œuvre de telles mesures, afin que la relance budgétaire prenne le relai de la relance monétaire. La «rue» française aurait-elle finalement poussé les dirigeants européens à suivre les recommandations de la BCE?

Zoom sur Elior: un premier trimestre rassurant

Le groupe français de restauration démarre sur une bonne note son exercice 2018-2019 en publiant des chiffres du premier trimestre en ligne avec les attentes et en confirmant ses objectifs. La croissance organique du groupe atteint +1,8%, légèrement au-dessus des attentes. Elle est principalement tirée par l’activité de concession, en croissance de +6,7%, tandis que l’activité de restauration collective ne progresse que de +0,2%. La croissance du chiffre d’affaires des activités de restauration collective est essentiellement externe, conséquence directe du plan de restructuration «Elior Group 2021», qui consiste à recentrer l’activité sur des contrats plus rentables. Cela implique une sortie volontaire de contrats publics en Italie et au Royaume-Uni, peu rentables, et un développement des contrats aux Etats-Unis. Malgré l’impact des manifestations, le chiffre d’affaires des concessions est stable en France, tandis qu’il est en hausse en Espagne et au Portugal. La croissance organique du segment international est particulièrement solide (+10,8%) grâce à la hausse du trafic autoroutier, à l’ouverture de nouveaux points de vente et à la fin des travaux de rénovation aux Etats-Unis.

Après une année 2018 compliquée, qui a vu le titre Elior chuter de plus de 20%, ces chiffres ont été reçus positivement par le marché. Les investisseurs semblent rassurés par la mise en œuvre du plan de restructuration qui permet de maintenir la marge d’EBITA stable à 4,3% et d’assurer la croissance des flux de trésorerie. Par ailleurs, le management aurait reçu de nombreux signes d’intérêt pour son activité de concessions (AREAS), valorisée entre 1,5 et 2 milliards d’euros. Dans l’optique d’une cession de cette activité qui cristalliserait une partie de la valeur, nous conservons nos positions dans Echiquier Agressor et Echiquier Value Euro ainsi que dans les fonds diversifiés.

*Analyste-gérant à La Financière de l’Echiquier






 
 

AGEFI



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