Le carnet de route de la croissance chinoise: comment se défaire des vieilles habitudes?

mercredi, 08.05.2019

Politique monétaire. Au terme d’une longue période de croissance fondée sur de nombreux investissements, l’Empire du Milieu entame sa transition vers une nouvelle stratégie.

Gene Frieda*

Ces derniers mois, l’Empire du Milieu a procédé à des réductions d’impôts et engagé des incitants afin de doper la consommation plutôt que l’investissement tout en prenant des initiatives afin d’ouvrir plus encore ses marchés de capitaux; une nouvelle approche qui semble accepter un ralentissement naturel de la croissance et reconnaître le coût d’une dépendance excessive à la croissance du crédit. Toutefois, le caractère ciblé des mesures de relance annoncées jusqu’à présent, conjugué aux efforts de réglementation destinés à limiter les effets néfastes des mesures passées et actuelles d’assouplissement, laisse entrevoir un processus de stabilisation de la croissance plus long et plus ardu. 

Nous pensons que de nouvelles mesures s’imposeront, parmi lesquelles un assouplissement monétaire, afin de compléter la relance budgétaire. En outre, les niveaux d’endettement élevés grevant la marge de manœuvre du gouvernement, la politique de change pourrait finir par jouer un rôle plus important au niveau de la stabilisation de la croissance que par le passé et la manière dont le yuan s’ajuste pourrait avoir des conséquences à l’échelon mondial. 

Attitude de défiance des pays occidentaux

À de nombreux égards, la transition de la Chine vers une nouvelle stratégie et un ralentissement de la croissance fait écho aux difficultés historiques du reste de l’Asie à trouver un juste équilibre entre les objectifs concurrentiels de stabilité externe (reflétée par des devises stables) et une croissance domestique persistante et robuste. 

Le rôle croissant du secteur public dans l’économie chinoise et le contexte politique épineux quant au recours à la dépréciation du taux de change afin de soutenir la croissance viennent s’ajouter aux freins cycliques. Qui plus est, l’attitude de défiance des pays occidentaux à l’encontre de la participation de la Chine au système de commerce mondial et les incohérences entre son ancienne et sa nouvelle stratégie ont fait naître des incertitudes quant à la trajectoire de croissance du pays. 

Ces incertitudes pourraient alimenter un cercle vicieux. 

Pour énoncer les choses clairement, nous pensons que le risque à court terme d’un effondrement ou d’une crise en Chine demeure faible. En dépit des limites imposées par la hausse des niveaux d’endettement, la Chine conserve une multitude d’outils, tant au niveau budgétaire que réglementaire, afin de stabiliser l’économie. 

Mauvaise expérience de 2015

Cependant, tout changement dans l’ordre établi entraîne un risque d’accident, et nous surveillons tout particulièrement la gestion des taux de change qui pourrait empêcher la politique monétaire de soutenir les efforts de relance. Pour l’heure, la Chine ne souhaite pas assouplir sa politique monétaire dès lors qu’elle rechigne à accepter la dépréciation du yuan, entre autres pour des raisons géopolitiques, mais également parce qu’elle se souvient de la mauvaise expérience qu’elle a connue en août 2015 en raison de la flexibilité de sa devise. Toutefois, le coût du service de la dette représentant aujourd’hui 70% du flux de crédit mensuel total, nous estimons qu’il est nécessaire de procéder à une réduction des taux d’intérêt. 

Pénurie de dollars étrangers

Le ratio de la masse monétaire M2 en Chine par rapport aux réserves de change a atteint des niveaux que l’on n’avait plus observés depuis le début des années 2000. À moins que les contrôles des capitaux ne soient parfaitement contraignants, la hausse de ce ratio traduit une pénurie de dollars étrangers destinés à contenir les sorties potentielles de capitaux domestiques et à maintenir une devise stable. La crise asiatique nous apprend que lorsque ce ratio augmente, le risque d’un ajustement plus marqué des taux de change s’accroît également. Le catalyseur réside généralement dans un ralentissement significatif de la croissance du PIB. 

En résumé, nous pensons que si la Chine ne parvient pas à détendre sa politique monétaire en plus d’engager des relances budgétaires, elle risque de tomber dans un piège similaire à celui qui s’est refermé sur ses homologues asiatiques à la fin des années 90. Afin d’éviter une chute plus nette et déstabilisante du yuan, il nous apparaît nécessaire de stabiliser rapidement la croissance avant que les doutes liés à la trajectoire à plus long terme de l’économie ne s’accentuent.

*PIMCO Global Strategist






 
 

AGEFI



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