Les stratégies en gestion de risques pour trouver le meilleur des deux mondes

lundi, 01.07.2019

Plusieurs changements structurels dans la dernière décennie ont amplifié la pertinence de ces stratégies, tant du point de vue du rendement que de celui du risque.

Maxime Alimi*

Les stratégies de gestion en risques connaissent un essor notable depuis la crise financière, portées par une combinaison de vents favorables durables. Ces stratégies se caractérisent par:
- Une gestion et un contrôle des risques stricts et prospectifs
- Une allocation dynamique couplée à une stratégie de couverture dynamique
- Une budgétisation des risques factoriels et sectoriels
Plusieurs changements structurels dans la dernière décennie ont amplifié la pertinence de ces stratégies, tant du point de vue du rendement que de celui du risque.

Implications des taux d’intérêt bas

Les banques centrales ultra-accommodantes et ultra-prévisibles ont conduit à une décennie de taux d’intérêt très bas, entraînant à leur tour une évolution significative de la demande d’actions. D’abord, les investisseurs en recherche de rendement ont été poussés vers d’autres classes d’actifs, comme les actions à forts dividendes. Deuxièmement, des taux extrêmement bas impliquent des rendements espérés limités sur les portefeuilles obligataires, poussant les investisseurs vers les actifs plus risqués (un effet délibéré de la politique monétaire). Mais les investisseurs obligataires contraints de se tourner vers les actions choisiront naturellement des actions à faible volatilité/de qualité, plutôt que des actions à bêta élevé.

Montée du risque (géo)politique

Alors que les banques centrales ont retiré de l’incertitude des marchés, les risques géopolitiques ont compensé cela en introduisant des incertitudes nouvelles. La différence cependant est que l’incertitude politique est plus «knightienne» par nature: elle est moins quantifiable que l’incertitude liée à la fonction de réaction des banques centrales. En conséquence, la génération d’alpha traditionnelle fondée sur le market timing est devenue encore plus difficile.

«Crowding», liquidité et investissement passif

Les marchés ont aussi connu des changements de structure qui ont fait naître de nouveaux risques.  L’argent dans le système financier a augmenté de façon spectaculaire à un moment de rétrécissement des marchés d’actions listées. Alors que de plus en plus de firmes restent privées et que les entreprises cotées procèdent à des rachats d’actions agressifs, de plus en plus d’argent recherche de moins en moins d’actifs.
Cela s’est traduit par des effets de crowding importants, plus aisément mis en évidence par des techniques quantitatives. Dans le même temps, la régulation bancaire au lendemain de la Grande crise financière s’est traduite par un déclin drastique de la profondeur de marché. Ceci implique que la liquidité s’est raréfiée et conduit plus souvent à des mouvements de prix erratiques.
La nature de la volatilité a changé, elle aussi, à mesure qu’elle est devenue une classe d’actifs plus institutionnalisée, notamment à nouveau comme source de revenus de portage. La volatilité semble structurellement plus faible, mais aussi vulnérable à des pics soudains dus à des mouvements de positionnement importants.
Enfin, la montée de l’investissement passif a exacerbé ces risques à deux niveaux. Tout d’abord, le comportement moutonnier des marchés s’est renforcé, puisque que l’investissement indiciel, par construction, amplifie les dynamiques de momentum. Ensuite, l’essor de l’investissement passif a créé des géants de la gestion d’actifs avec des capitaux sous gestion qui éclipsent désormais la capacité du secteur bancaire à fournir une liquidité adéquate.

Les stratégies de gestion en risques sont en phase

Les stratégies d’actions gérées en risque ont bénéficié de ces changements à plusieurs niveaux. Leur surexposition structurelle au facteur de volatilité minimum, ainsi qu’un biais en faveur de la qualité et des dividendes, ont constitué un soutien important dans un monde de taux extrêmement bas. Confrontées à l’incertitude géopolitique, ces stratégies sont conçues pour prendre des paris calibrés en fonction des secteurs et des facteurs, et utilisent des filtres quantitatifs afin de limiter les risques macro. Enfin, une gestion du risque systématique semble plus adéquate pour se protéger contre les pics de volatilité et les fluctuations soudaines des prix sur les marchés financiers modernes.

* Head of Macro and Allocation, Silex






 
 

AGEFI



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