L’ombre de Donald Trump plane sur tous les marchés

lundi, 27.08.2018

Plus que tout autre facteur, le Président américain Donald Trump impose ses errances aux marchés financiers.

François Christen*

Le rendement du «T-Note US» à dix ans a continué à fluctuer dans une marge étroite aux environs de 2.85 %. Le redressement à 2.64 % du rendement du «T-Note» à deux ans implique un aplatissement de la structure des taux d’intérêt qui pourrait préluder un renversement du cycle conjoncturel. La pente de la courbe des rendements demeure néanmoins positive, ce qui valide l’optimisme mesuré du consensus quant aux perspectives de croissance à court et moyen termes.

Donald Trump a focalisé l’attention en exprimant sa déception face à la politique monétaire conduite par Jerome Powell, trop restrictive à son goût. Le Président a déploré le renforcement du dollar qui résulte du relèvement des taux d’intérêt et laissé entendre qu’il avait été «trompé» en désignant le dirigeant de la Réserve Fédérale. Naïfs ou calculés, les propos de Donald Trump ont provoqué un déclin du dollar qui apaise quelque peu les économies émergentes.

Une approche plus pragmatique 

Jerome Powell n’a pas directement réagi à cette ingérence de la Maison Blanche, préférant se concentrer sur son double mandat: viser le plein emploi et la stabilité des prix. Sans surprise, le patron de la Fed a tenu un discours pondéré à l’occasion de la Grand-Messe qui réunit les banquiers centraux du monde entier à Jackson Hole. Bien que l’inflation soit conforme à l’objectif de la Réserve Fédérale, le Président de la Fed s’est fait l’avocat d’un ajustement graduel de la politique monétaire visant à préserver la stabilité des prix à moyen terme et à contenir les risques de surchauffe, jugés réduits.

En bref, Jerome Powell renvoie dos-à-dos les critiques qui estiment que la Fed en fait trop, comme Donald Trump, et celles qui estiment qu’elle prend des risques en se montrant trop passive face au déclin du taux de chômage qui a chuté en dessous du taux «naturel». Ce taux théorique, affublé d’une étoile dans la modélisation économique, ne constitue pas un guide infaillible selon Jerome Powell qui préfère une approche plus pragmatique, basée sur une observation plus large de la conjoncture.

Ce discours, qui invite à surveiller les anticipations d’inflation, est compatible avec le cycle de relèvements de taux d’intérêt trimestriel conduit par la Réserve Fédérale. Le procès-verbal de la dernière réunion du FOMC confirme la volonté de procéder «bientôt» à un nouveau geste, probablement en septembre. Il est aussi question de supprimer la référence à une politique monétaire «accommodante», qui semble de moins en moins appropriée. Le FOMC se garde néanmoins de définir le niveau d’un taux d’intérêt «neutre», compatible avec une expansion stable et non inflationniste.

L’ombre de Donald Trump a aussi plané sur les questions judiciaires (Manafort, Cohen), environnementales (relâchement des contraintes à l’égard des centrales à charbon), commerciales (Chine, NAFTA) et funèbre (avec le décès John McCain, son plus virulent adversaire républicain). Pour les marchés financiers et pour la conjoncture mondiale, la question commerciale revêt une importance particulière. Les discussions conduites avec la Chine et avec l’Europe n’ont pas encore produit de résultats concrets. Les hostilités protectionnistes déclenchées par Donald Trump impliquent toujours des risques d’escalade alors que le Président, de plus en plus fragilisé sur le plan judiciaire, mène une campagne cruciale pour les élections «mid-term».

Emprunts en livres sterling affectés par des tensions

En Europe, les marchés obligataires affichent un repli qui fait écho au regain d’appétit pour les actifs risqués de toutes catégories: actions, matières premières, crédit aux entreprises et devises émergentes. A 0.37 %, le rendement du «Bund» allemand à dix ans reste néanmoins dans le bas de la zone de trading qui prévaut depuis de nombreuses semaines.

Les indicateurs récents reflètent une expansion modérée et probablement vouée à se prolonger au cours des prochains mois. L’érosion du PMI de Markit consacré aux activités manufacturières (54.6 après 55.1) n’est pas significative, au même titre que le timide redressement de la jauge consacrée aux services (54.4 après 54.2). L’amélioration du climat des affaires en Allemagne (indice IFO en hausse de 101.7 à 103.8) et de la confiance des entrepreneurs en France (110 en août après 109 en juillet) semble toutefois annoncer un renforcement de l’activité, bien que la confiance des consommateurs européens demeure chancelante (-1.9 après -0.5).

Des tensions légères ont affecté les emprunts en livres sterling. Cette évolution incombe aussi au rétablissement de la confiance des investisseurs qui célèbrent l’extraordinaire longévité du «bull market» aux USA, où le S&P 500 et l’indice Nasdaq ont établi de nouveaux records. Sans grand relief, l’actualité conjoncturelle confirme la bonne marche des affaires dans le commerce de détail. 

Le marché des capitaux en francs suisses a également cédé du terrain dans ce contexte «risk on» imputable au repli du dollar et à la prudence de Jerome Powell. L’actualité helvétique est assez souriante, comme en témoigne la progression vigoureuse de la production industrielle au deuxième trimestre (8.3 % en glissement annuel). Les rendements en francs suisses demeurent cependant rédhibitoires pour tous ceux qui aspirent à une rémunération positive de leur patrimoine financier.

*Dynagest SA à Genève






 
 

AGEFI



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