Plaidoyer pour un enseignement humain

dimanche, 24.02.2019

Christophe Clavé*

Christophe Clavé

La réflexion sur l’enseignement et l’innovation en pédagogie bat son plein. Probablement d’abord parce que l’accès à l’information n’a jamais été si simple. Toutes les bibliothèques du monde, tout le savoir des hommes ne sont jamais à plus d’un clic. L’intelligence artificielle promet de faire de chacun un expert en quelques clics. Il y a dans cette vision quelque chose de déprimant. Comme si étudiants et enseignants devenaient de simples rouages dans un processus sans vie, sans chaleur, sans joie ni plaisir.

Face à la tentation mécaniste d’autres approches contredisent cette vision, auxquelles j’apporte ma voix. L’essence de l’apprentissage ne réside pas dans la liste de savoirs rendus accessibles. Le cœur de l’apprentissage est dans la relation. Le but de l’enseignement est d’aider les étudiants à envisager sous d’autres angles ce qu’ils savent ou croient savoir, et de les aider à découvrir un monde d’opportunités dans ce qu’ils ne savent pas.

Quand le sage montre la lune l’imbécile regarde le doigt. Connaitre, découvrir, apprendre c’est notre lune. Les technologies et les outils sont le doigt. La technologie peut bien entendu contribuer au processus d’enseignement et d’apprentissage. À condition de la prendre et de l’utiliser pour ce qu’elle est: un outil. Sans relations, sans perspectives, sans but, sans échanges, sans appropriation, sans émotions, l’enseignement est un champ stérile.

Pour qu’il y ait apprentissage, il faut une implication active de l’étudiant. Le rôle, je pourrais dire le nouveau rôle de l’enseignant est de générer, développer, entretenir cette participation active de l’étudiant à son apprentissage. Et pour ce faire tout est bon, à une seule condition: ne pas abdiquer sur l’exigence de contenu, qui demeure l’objectif final du processus cognitif en œuvre. Pour plaire ou par facilité, la tentation existe pour certains de privilégier la forme au fond. Enseigner aujourd’hui c’est plus que jamais marcher sur une corde raide, balançant à chaque pas entre animation et contenu.

Et c’est sur ce fragile équilibre que se trouve la voie. Il s’agit pour l’enseignant d’animer la classe, d’être attentif à chacun, même au sein d’une large audience, et d’accepter de ne plus être la seule source d’attention, ni d’information, ni de savoir. Il s’agit de varier les séquences, les supports, redire maintes fois mais différemment les mêmes messages, dans le but de conserver un auditoire actif, partie prenante dans ce qui est en train de se dérouler. Et puis en même temps, transmettre du contenu, aider les esprits à se former, comprendre, s’approprier la matière et ainsi construire du savoir. Et c’est ici que réside le cœur de cette mécanique, ou plutôt de cette chimie.

Le savoir ne se transmet plus, il se fabrique. L’enseignant ne transmet plus son savoir, il aide les étudiants à construire le leur. Croyez-moi, ce ne sont pas que des mots. Pour vous en convaincre tentez un cours magistral à une classe de «millenials», et vous verrez. C’est dans l’appropriation que réside l’équilibre entre forme et contenu. La chimie à l’œuvre précédemment décrite rend le savoir accessible, compréhensible par l’étudiant. L’étape suivante a pour but l’appropriation du savoir ainsi abordé, via sa mise en pratique. Mettre l’étudiant en situation d’action par rapport au savoir, c’est-à-dire restituer ce dernier en propositions d’actions permet de générer cet enclenchement cognitif qui transforme un contenu étranger en capital intellectuel et pratique.

* Président EGMA






 
 

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