Plaidoyer contre la pensée unique

mardi, 11.12.2018

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Les fêtes de fin d’année approchent, et avec elles l’envie de vivre en harmonie et de calmer les conflits. Pourtant, même au sein des familles, ceci n’est pas toujours simple à réaliser. Dans le monde qui nous entoure, ça l’est encore moins.

L’intelligence du «groupe» a été étudiée, entre autres, par le MIT Center for Collective Intelligence. Une conclusion qui en ressort est que l’intelligence du groupe n’est que faiblement corrélée à l’intelligence des individus dans le groupe. La capacité du groupe à résoudre les problèmes est davantage liée à la fréquence des discussions, à la répartition des conversations entre les membres (mieux si tout le monde est inclus), et à la capacité de tous à reconnaitre les émotions des autres. L’objectif des interactions dans le groupe n’est pas de déterminer quelle idée dominera les autres, mais de confronter les points de vue pour qu’une nouvelle solution puisse naître. Sans ce frottement des idées, le progrès sera limité, et grâce aux interactions dans le groupe, la somme de son intelligence peut dépasser la simple somme de l’intelligences de ses membres.

L’appartenance, fondamental

Tous les groupes ne délivrent pas ces résultats, en fonction du fonctionnement du groupe et du confort que procure l’appartenance à la majorité. Quand le groupe ne permet pas la confrontation des idées, l’intelligence du groupe se rapproche plutôt du quotient intellectuel du membre le plus faible, divisé par le nombre de participants dans le groupe - une vision basée sur le concept du «groupthink» (proposé en 1972 par Irving Janis, chercheur en psychologie de l’Université de Yale), ou la pensée unique. L’opposition de ces visions quant à la capacité des groupes à résoudre les problèmes trouve ses racines dans deux désirs opposés mais coexistant chez l’homme: son inclinaison pour la pensée libre et individuelle, ainsi que la recherche d’appartenance.

L’appartenance aux structures sociales est fondamentale à la construction de l’homme, qu’il s’agisse de la famille, des amis, des collègues, ou tout autre groupe de pairs. Sans ces liens, l’homme tombe dans l’isolement et la solitude. Dans l’intérêt de la cohésion du groupe et du sentiment rassurant d’appartenance qui en résulte, la pression est donc forte pour contraindre, au moins à un certain degré, les pensées individuelles. Une manière d’appartenir est évidemment d’exclure les autres. Pourtant, l’appartenance peut se construire tant sur nos similitudes que sur nos différences.

En juin 2016, le ministre anglais Michael Gove exprimait que le peuple de son pays en avait assez des experts. L’idée fondamentale derrière ses propos était qu’il n’est pas nécessaire de prendre en compte ou de considérer les faits ou les opinions des autres - un exemple phare de l’appartenance par l’exclusion. L’Angleterre en souffre actuellement et la subira selon toute probabilité encore pour longtemps, les Britanniques ayant choisi l’appartenance par l’exclusion au détriment de la pensée indépendante dont ils ont pendant si longtemps été les champions du monde. Serait-il possible que cet inconfort puisse les réorienter vers une recherche des complémentarités et une issue finalement moins réductrice? Nous l’espérons.

* Global Head of Investment Intelligence, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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