L’inflation en Suisse stagne en dessous des attentes

mardi, 10.12.2019

PERSPECTIVES. L’inflation zéro résulte de l’effet modérateur des coûts locatifs et des prix des importations.

Marc Brütsch*

La publication des chiffres préliminaires de la croissance du PIB du troisième trimestre était prévue le 28 novembre, soit peu après notre date limite de rédaction. Un sondage de Bloomberg auprès de 16 économistes fait ressortir selon le consensus une estimation de croissance du PIB réel d’environ 0,2% en glissement trimestriel, ce qui rejoint nos propres calculs.

Nous pensons que la croissance a ralenti par rapport au premier semestre suite à la poursuite du ralentissement des industries mécaniques et du génie électrique. Les dernières publications trimestrielles de deux associations professionnelles, Swissmem et Swissmechanics, rendent compte des difficultés actuelles de l’industrie. Les nouvelles commandes reçues par les membres de Swissmem ont ainsi chuté de 18,9% sur un an au troisième trimestre, tandis qu’une enquête distincte de Swissmechanics montre que 62% des entreprises interrogées prévoyaient une diminution de leurs commandes au dernier trimestre 2019 par rapport au précédent. La demande intérieure, tant la consommation privée que les dépenses publiques, devrait continuer de soutenir l’activité. Entre-temps, la construction a sans doute pesé que la croissance du PIB au troisième trimestre, à en croire un autre rapport sur l’activité industrielle publié par l’Office fédéral de la statistique.

Pour le deuxième mois de suite, l’inflation d’octobre s’est révélée très en deçà de nos attentes. Il semblerait que la hausse du franc suisse ait engendré une nette baisse des prix des importations pour les ménages puisque, par rapport à l’an dernier, l’indice des prix à la consommation a reculé de 0,3% jusqu’en octobre. Si les prix de l’énergie et les coûts locatifs restent stables, l’inflation devrait se maintenir aux alentours de 0% jusqu’en août 2020.

Une série de bonnes surprises en zone euro

D’après les calculs de Citigroup, la proportion de mauvaises surprises par rapport aux prévisions économiques aurait chuté depuis début octobre. Les marchés financiers et les médias sont bien plus optimistes après la publication de chiffres du PIB du troisième trimestre supérieurs aux attentes pour les trois grands pays de la zone euro que sont l’Allemagne, la France et l’Italie. Face aux résultats meilleurs que nos prévisions enregistrées par les économies allemande et italienne, nous avons relevé nos estimations de croissance du PIB pour 2019. Les statistiques d’activité du quatrième trimestre semblent dénoter une poursuite de la stabilisation dans l’industrie manufacturière, avec un redémarrage des nouvelles commandes, parties de très bas, dans les enquêtes auprès des entreprises. En revanche, les services et le marché du travail se dégradent toujours, une configuration typique puisque ce dernier tend à suivre le cycle économique avec un certain décalage. L’activité intérieure reste déprimée selon nous malgré la perspective d’une relance budgétaire plus importante en 2020 qu’en 2019. Contrairement à 2010 ou 2017, la demande des marchés émergents ne devrait pas soutenir la reprise économique apparente de la zone euro, et nous n’attendons donc qu’un retour très progressif des taux de croissance autour de leur potentiel à l’horizon 2021.

Une futur hausse à prévoir

L’inflation devrait se redresser ces prochains mois, mue par les effets de base correspondant aux fluctuations marquées des prix de l’énergie de l’an dernier, mais cela ne durera pas. A moyen terme, l’inflation totale restera bien en dessous de l’objectif actuel «non loin, mais en dessous de 2%» de la BCE inclus dans notre scénario de base. Nos prévisions tablant sur un taux moyen de 1,3% en 2021 également, les taux d’inflation point mort implicites actuels du marché, aux alentours de 1,2%, semblent appropriés pour l’avenir proche.

*Économiste en chef de Swiss Life






 
 

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