Les émergents sont-ils à un point d’inflexion?

mercredi, 12.12.2018

Performances. Les bourses mondiales pourraient prendre le relais du marché américain. Les valorisations plaident clairement en faveur des marchés émergents.

Christopher Gannatti*

Après une longue attente, l’année 2017 a finalement porté ses fruits pour l’investisseur diversifié à l’international: pour la première fois depuis 2012, l’indice actions monde hors Etats-Unis (MSCI ACWI ex-US) devançait le S&P 500 de plus de 500 points de base. On s’est alors demandé si les marchés internationaux prenaient enfin le relais de la bourse américaine, après avoir été à la traîne pendant près d’une décennie. Mais entre-temps, la question a perdu toute son actualité.

Durant les quatre premiers mois de 2018, tous les marchés ont pratiquement évolué de concert. Puis, ces six derniers mois, l’écart s’est à nouveau fortement creusé, le S&P battant le MSCI ACWI ex-US de plus de 14,5%. La différence avec les marchés émergents (ME) a été encore plus marquée et approché les 20%. Or, en dehors de la période de la crise asiatique de la fin des années 1990, une telle divergence a rarement été observée et elle s’est généralement résorbée assez vite. Par conséquent, compte tenu de l’évolution des économies des ME, il paraît raisonnable de tabler sur un retour vers la moyenne historique.

Certains indices montrent en effet que la dynamique qui sous-tendait l’évolution divergente des Etats-Unis et des autres marchés, est en train de perdre de sa vigueur. Depuis octobre 2018 qui, pour le S&P 500, a été le plus mauvais mois (-6,8%) enregistré depuis le mois de septembre 2011, la bourse américaine semble avoir atteint un point d’inflexion et les «recettes» d’hier ne fonctionnent plus. 

Les secteurs de la technologie et des biens de consommation cycliques qui avaient été les principaux moteurs du marché ces dernières années, sont dorénavant à la traîne. À l’exception d’Apple, les FAANG (Facebook, Apple, Amazon, Netflix et Google Alphabet) sous-performent. Et l’indice MSCI USA Momentum affiche un retard de près de 300 points de base par rapport au S&P 500.

Ecarts considérables

La divergence des performances entre la bourse américaine et les marchés internationaux se traduit par des écarts de valorisations considérables. Le ratio cours/bénéfice de l’indice MSCI EAFE, qui se négocie historiquement sur la base d’une prime moyenne de 5% par rapport à celui du marché américain, affiche une décote de 30%. La bourse japonaise est dans une situation similaire et la valorisation de ses actions est inférieure de 38% à celle des actions américaines. Pour les ME, la décote par rapport au marché américain atteint 39%, soit pratiquement le niveau le plus bas touché depuis 2003. 

La valorisation tend à être l’un des meilleurs indicateurs des performances futures et, pour les ME, il s’avère particulièrement fiable. Or, d’un point de vue historique, aux niveaux actuels de valorisation, les ME ont surperformé par rapport au marché américain dans 96% des cas sur les cinq dernières années, et l’écart a été de 16% en moyenne.

Qui dit faible valorisation, dit potentiel de performance plus élevé, réduction du risque et points d’entrée intéressants. En outre, cette situation présente un autre avantage moins connu lié à son impact sur le bêta. En effet, lorsque la valorisation d’un actif est élevée, ce dernier tend à être plus volatil que la normale, l’inverse étant également vrai.

Prenons l’exemple concret du mois d’octobre: en général, l’indice MSCI des ME présente un écart-type de 1,5 fois supérieur à celui du S&P 500 et l’on peut s’attendre à ce que cet écart persiste durant un mois aussi chahuté qu’octobre dernier. Pourtant, au lieu d’afficher le recul à deux chiffres que cela impliquerait, l’écart entre les deux indices n’a été que de 190 points de base (inférieur à 100 points de base en monnaies locales). Ce phénomène s’est souvent vérifié lorsque les ME étaient relativement bon marché par rapport au marché américain. 

Optimisme

Étant donné que les marchés internationaux en général et les ME en particulier ont été si durement malmenés ces derniers mois, leurs perspectives sont vraisemblablement biaisées à la hausse. De plus, les bénéfices des entreprises des ME se sont bien maintenus, enregistrant cette année une croissance à deux chiffres et ce, sans le soutien de réductions d’impôts. Enfin, le fait que le Congrès américain se trouve divisé pourrait contribuer à ralentir la hausse du dollar. Tous ces facteurs nous amènent à rester constructifs et optimistes vis-à-vis des ME.

*Responsable de la recherche, WisdomTree






 
 

AGEFI



...