Indicateurs «surprises» ou reflet des attentes

mercredi, 10.10.2018

Performance économique. La surperformance de l’économie américaine par rapport à celle de la zone euro touche-t-elle à sa fin? Il y a des signes qui ne trompent pas.

Ken Orchard*

Plusieurs indicateurs de surprises économiques, qui mesurent le niveau de surperformance des données par rapport aux prévisions, placent maintenant les États-Unis avec un résultat inférieur à celui de la zone euro, ce pour la première fois depuis le début de l’année, ce qui signifie que les prévisions pour l’économie américaine sont moins bonnes que celles de l’Europe. D’autres indicateurs de surprises ne se sont pas encore retournés en faveur de la zone euro, mais montrent que l’écart se réduit – si cela continue, il pourrait y avoir des conséquences majeures pour le dollar américain et les rendements des obligations.

Les indicateurs «surprises» reflètent la performance économique par rapport aux attentes, c’est-à-dire la différence entre ce que les données économiques montrent et ce que les économistes attendent d’elles. La forte croissance de la zone euro l’an dernier a incité les économistes à augmenter leurs attentes. Ainsi, lorsque la croissance s’est ralentie à partir de février dernier, l’indicateur surprise du bloc monétaire s’est effondré. Parallèlement, les réductions d’impôt et les mesures de relance budgétaire ont permis à la croissance aux États-Unis de dépasser les attentes, ce qui a fait grimper son indicateur de surprises. Désormais, les données commencent à s’inverser – la zone euro affiche une croissance plus stable tandis que les données américaines commencent à ralentir – d’où l’inversion entre ces deux régions.

Plusieurs raisons expliquent le ralentissement de la croissance dans la zone euro au début de l’année, notamment l’appréciation de l’euro: les conditions météorologiques et une baisse des dépenses publiques allemandes ont provoqué notamment cette inversion. La croisade commerciale du Président Trump a également affecté le sentiment des exportateurs européens, même s’il est probablement trop tôt pour qu’elle ait eu un impact important sur la production et les investissements réels. Le véritable impact des politiques commerciales de Trump se fera probablement sentir plus tard, mais la question de savoir si elles affecteront davantage l’Europe ou les États-Unis, cela va dépendre de la réaction des autres pays.

Un cycle qui devient vieux

La désillusion récente à l’égard des données américaines est plus difficile à expliquer. Les problèmes de volume représentent probablement un facteur important. Le dernier rapport de l’Indice PMI (Purchasing Managers’ Index) américain cite les difficultés des entreprises américaines à soutenir le rythme rapide de croissance des nouvelles commandes au premier semestre, ce qui n’est pas surprenant étant donné que le cycle devient vieux et que le chômage est faible. Le marché immobilier des nouvelles constructions a également légèrement baissé, en partie en raison de la détérioration de l’accessibilité à la propriété, mais aussi d’un décalage entre l’offre et la demande.

Ceci étant dit, que pouvons-nous attendre des banques centrales? La BCE a déjà déclaré qu’elle ne relèvera pas les taux avant septembre ou octobre de l’année prochaine, et bien que la croissance de la zone euro se soit stabilisée à un rythme de croisière (environ 1,6 % sur un an), elle ne semble pas assez forte pour laisser entrevoir un changement par rapport au plan prévu par la Banque centrale. Le fléchissement des perspectives aux États-Unis soulève un doute sur la durée pendant laquelle la Fed voudra poursuivre sa hausse, bien qu’après la réunion de septembre, le marché des taux ne prévoie plus que deux hausses (en décembre et mars).

Il y a cependant un écart intéressant entre les taux et le marché des changes. Le dollar n’a pas encore souffert, de ce fait le marché des changes croit encore en la perspective d’une «économie américaine forte et du reste du monde faible». Comme le dollar américain évolue habituellement en fonction des variations des écarts de taux d’intérêt à court terme – nous pensons que la Fed cessera d’augmenter ses taux à un moment donné l’an prochain tandis que la BCE commencera à les remonter – cela devrait entraîner une baisse du dollar contre euro à terme.

Rehausser les attentes

La forte croissance de la zone euro l’an dernier a incité les économistes à rehausser leurs attentes. Ainsi, lorsque la croissance s’est ralentie à partir de février dernier, l’indicateur surprise du bloc monétaire s’est effondré. Parallèlement, les réductions d’impôt et les mesures de relance budgétaire ont permis à la croissance aux États-Unis de dépasser les attentes, ce qui a fait grimper son indicateur de surprises.

Les rendements obligataires pourraient également augmenter si l’indice de surprises économiques de la zone euro continue à s’améliorer. Notre analyse montre que, selon toute vraisemblance, une hausse des rendements obligataires augmentera significativement lorsque les indicateurs de surprises passeront d’un niveau négatif à un niveau positif. Pour l’heure, les taux des contrats à terme sur devises sont fixés de telle sorte que la BCE ne relèvera ses taux que d’environ 100 points de base cumulés au cours des cinq prochaines années ce qui semble incompatible avec la stabilisation d’une croissance du PIB supérieure. Même une légère accentuation des taux entraînerait une hausse d’environ 25 points de base des rendements obligataires. Cela nous contraint à rester sous-pondéré en obligataire, malgré d’innombrable préoccupations géopolitique et sur les marchés émergents.

*Co-gérant chez T. Rowe Price, Diversified Income Bond Strategy






 
 

AGEFI



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