Pas d’innovation, pas de futur!

mercredi, 02.10.2019

Céline Renaud*

Un jeudi à 10h30 à Lausanne, j’assiste à une conférence avec comme sujet la macro-économie où Jean-Claude Biver est l’un des intervenants. Il est de nouveau en pleine forme avec son enthousiasme, son positivisme, sa combativité («The crisis must be my friend!») et sa vision. Il disait que forcément, nous ne pouvons pas plaire à tout le monde, ni être compris par tous. Pour une majorité de gens, «l’entrepreneur est suspect!». Les gens pensent souvent cela parce qu’il est riche et donc il est forcément un requin au lieu de voir ce qu’il apporte à tant de familles! C’est vrai que j’adorerais que nos politiques nous félicitent en tant qu’entrepreneurs de nourrir des familles entières et de créer de la richesse en plus d’une valeur non tangible qui est la désirabilité pour une marque. Le luxe est irrationnel et les décisions d’achat sont moins liées au prix et aux éléments techniques qu’aux aspects positifs que nous captons de telle ou telle marque. C’est la même chose dans les finances et notamment sur les places boursières qui fluctuent de manière importante à telle ou telle annonce.
En Suisse, nous pensons être au cœur de l’Europe, protégés par nos montagnes, libres, en ayant décidé de ne pas être dans la zone euro. Le premier intervenant nous montre des graphiques sur l’évolution du marché de la Suisse versus l’Allemagne, l’Europe et le monde. Et c’est très similaire. Nous sommes directement impactés par la marche du monde et nous ne sommes pas si libres que cela, sur chacun des aspects analysés!
En Suisse, nous aimons célébrer ce que nous avons réalisé. Comme l’hôtellerie par exemple qui est mon métier de base. Quand nous regardons les palaces, c’est incroyable comment ils ont été construits à l’époque déjà. Aujourd’hui, ils sont certes rénovés, mais combien de nouveaux hôtels ont vu le jour? Je suis également impressionnée par les routes qui ont été construites à la force des hommes pour vaincre les montagnes comme les célèbres cols de la Furka, du Nufenen, du Grand Saint-Bernard et tant d’autres. Mais comment résolvons-nous aujourd’hui les challenges de l’engorgement des routes? Nous nous basons sur le passé mais le courage pour véritablement innover manque... Ou plutôt une vision claire et ambitieuse de nos politiques. À l’heure des taux négatifs, nous devrions tout faire pour investir par exemple dans la ligne reliant Zürich à Lausanne 45 en minutes... vu que cela ne nous coûte plus rien et qu’en plus nous recevons encore des cadeaux!
La tradition, c’est bien mais pas d’innovation, pas de futur! Nos enfants le savent bien! Ils n’étaient pas là à trinquer avec nous au soir du 31 décembre 1999. Nous oui et nous nous disions que c’était fantastique de vivre le changement de millénaire ... Puis nous nous sommes réveillés le lendemain au 21ème siècle et nous avons continué comme avant. Mais nous sommes des «has been» du 20ème siècle et nous ne comprenons pas tout ce qui se passe actuellement. Nous devrions plus écouter les Millénials et apprendre d’eux et avoir le courage de faire ce que nous nous disons ou ce que nous pensons en notre fort intérieur. Qu’aurons-nous à léguer aux prochaines générations? Des infrastructures vieillissantes à peine rénovées? Est-ce le confort et le luxe actuels qui nous empêchent de véritablement innover et de relever les défis qui nous incombent? Merci à Jean-Claude Biver de nous secouer régulièrement la pulpe pour nous rappeler ce que nous avons à faire!

* CEO et fondatrice, JMC Lutherie






 
 

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