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vendredi, 31.08.2018

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

Durant les années 70 et 80, lors des colloques qui se tenaient dans le monde libre, essentiellement les Etats-Unis et l’Europe de l’Ouest, les pays communistes brillaient par leur absence. Quelques rares délégués hongrois ou polonais, jamais aucun de l’Allemagne de l’Est, un seul représentant de l’URSS en mission commandée pour collecter des informations, probablement mises sous secret dès sa rentrée.

En retour pas ou peu de publications d’au-delà du rideau de fer dans les revues scientifiques occidentales. La règle était simple: si un savant franchissait le rideau de fer, il risquait de ne jamais revenir. Cette politique de fermeture, si bien décrite par Soljenitsyne dans «Le premier cercle», mena à l’asphyxie la science russe issue pourtant d’une longue tradition. Elle entraina un retard technique et une stagnation.

L’ouverture de la Chine

La Chine communiste suivit une voie inverse. A la même période elle envoyait des stagiaires à l’étranger, en particulier à l’EPFL qui les accueillit libéralement. Ce n’étaient pas des espions: certains travaillaient sérieusement dans leur domaine.
Rentrés en Chine, ils furent promus à des postes de responsabilité technique. Le démarrage de la Chine actuelle a ainsi été préparé de longue date, de façon intelligente par un peuple, qui en a compris les règles: pas de science, pas de technique, pas de culture sans une ouverture maximale.

A la fin du Moyen-Age, la Chine était plus avancée que l’Europe et elle stagna par la politique de fermeture de certains empereurs. Aujourd’hui son PIB vaut dix fois celui de la Russie

Les Etats-Unis, très modestes contributeurs à la science avant 1930 (premier prix Nobel de physique en 1927), bénéficièrent de leur ouverture. En 1932, dès l’accession d’Hitler au pouvoir, Albert Einstein quitta l’Allemagne. En 1939, il envoya une lettre célèbre à Franklin Roosevelt pour l’avertir de la possibilité de fabriquer une bombe nucléaire. Dans le bureau voisin de celui d’Einstein à Princeton, se trouvait John von Neumann, juif hongrois qui apporta l’informatique à son pays d’adoption. Peu de temps après Werner von Braun, inventeur visionnaire de l’astronautique, passa sans états d’âme du service d’Hitler à celui de Truman. L’arme nucléaire transportée par des missiles intercontinentaux munis d’un guidage informatisé donna aux Etats-Unis l’imperium mondial grâce à la collaboration involontaire de deux juifs exilés et d’un transfuge du nazisme.

En 2014, l’UE retira à la Suisse la participation à Erasmus et à Horizon 2020. C’était une mise en garde qui fit mal et que comprirent instantanément tous les initiés. Sans une participation pleine et entière à la science de l’Europe voisine, la Suisse s’étiolerait lentement et perdrait sa supériorité. Il s’ensuivrait mécaniquement un affaiblissement de l’industrie de pointe, une stagnation économique et un appauvrissement du pays.

* Professeur honoraire, EPFL






 
 

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