Le cuivre n'a pas encore intégré la reprise dans son cours

vendredi, 19.06.2020

Parmi les métaux industriels, le cuivre pourrait être le premier à refléter les couleurs de la reprise et à profiter de l’embellie chinoise.

Mobeen Tahir*

Mobeen Tahir.

L'économie mondiale émerge progressivement du choc qu’elle a subi en début d'année et les marchés montrent des signes de soulagement. Reste à savoir s’il existe encore une classe d'actifs qui pourrait bénéficier de la reprise économique, mais qui n’a pas encore intégré ce facteur dans ses cours. C’est précisément le cas des métaux industriels et, plus particulièrement, du cuivre.

Lentement mais sûrement

Tous les actifs cycliques n'évoluent pas de concert. Le cuivre, quant à lui, paraît rivé à l’évolution des actions des marchés émergents. La raison en est simple: la Chine, qui représente environ la moitié de la demande mondiale de cuivre selon le site statista.com, pèse près 40% dans l'indice mondial des marchés émergents MSCI Emerging Markets. Par conséquent, le sort du cuivre est inextricablement lié à celui de l’économie chinoise.

Un retour progressif à la normale

La Chine a été le premier pays à subir la pandémie. A la suite de la levée des mesures de confinement en avril dernier, son activité économique s'est intensifiée. Cependant, comme l’ont reconnu les dirigeants du chinois en ne fixant pas d’objectif de croissance de leur PIB (6,1% en 2019) pour 2020. Cela dit, en mai, les indices des directeurs d’achat pour le secteur manufacturier ont donné des signes encourageants et, à mesure que les perspectives de l’industrie s’améliorent, la demande de cuivre progresse.

La relance est là

Lors de la réunion de l'Assemblée nationale populaire qui s'est achevée récemment, le Premier ministre chinois Li Keqiang a dévoilé un plan de relance de quelque 820 milliards de francs suisses. Il prévoit notamment de nouveaux investissements dans les infrastructures et en particulier des montants importants dédiés à la 5G ainsi qu’aux véhicules électriques, deux secteurs très gourmands en cuivre. De même, le déploiement de la 5G nécessite des câbles en fibre optique et en cuivre sur tout le réseau.

Les risques persistent

En janvier dernier, avant que la pandémie ne soit déclarée, offre et demande de cuivre étaient globalement équilibrées, selon le site ICS.org. Après quoi, le recul de la demande qui s’est instauré a pu être partiellement compensé par celui de l’offre. Cette dernière a en effet connu des perturbations chez ses principaux producteurs, au Chili et au Pérou notamment.

Aussi, contrairement à d’autres métaux dont l’offre était excédentaire, les stocks de cuivre ont rapidement baissé en avril et mai. Ceci explique que les cours de ce métal se soient relevés plus rapidement que ceux des autres métaux industriels. Cependant, avec la reprise de l’activité minière, le soutien des cours imputable à l’offre s’amoindrira et l’évolution du cours du cuivre dépendra donc essentiellement de la reprise de la demande.

Une deuxième vague de pandémie est un risque susceptible d’affecter tous les actifs cycliques et le cuivre ne fait pas exception. Si les gouvernements sont contraints de recourir à nouveau à des mesures de confinement, l'activité économique en pâtira.

Les marchés font leurs jeux

Comme l’indique l’augmentation des positions spéculatives nettes longues sur le marché à terme du cuivre en mai, les marchés commencent à prendre conscience du potentiel de ce métal. Par conséquent, si le cycle de reprise se concrétise, le cuivre en profitera. Par ailleurs, ce métal de base étant un composant clé pour les nouvelles technologies (5G et véhicules électriques), sa demande devrait rester durablement orientée à la hausse.

* Directeur associé, recherche, WisdomTree






 
 

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