Opinion: qui succèdera à Mario Draghi?

lundi, 29.04.2019

François Savary*

François Savary, CIO, Prime Partners.

Seul un homme fort à la tête de la BCE sera en mesure de résister aux assauts des populistes européens contre la citadelle indépendante de Francfort!

Les mois filent et l’échéance approche, Mario Draghi va bientôt céder son siège de chef de la Banque centrale européenne. Le défi qui attend son successeur n’est pas des moindres. Après huit années de règne, le grand argentier actuel lui laissera une institution aux pouvoirs renforcés, un élargissement des outils à disposition pour conduire la politique monétaire et une capacité éprouvée de l’organisme de Francfort à générer des compromis dans les décisions, déterminantes pour la santé économique de l’Europe. Il devra également composer avec une situation conjoncturelle toujours difficile, une appréciation mitigée sur l’efficacité des mesures monétaires de la part de l’opinion publique et un contexte général marqué par la tentation de remettre en cause l’indépendance de la BCE.

Dans une édition récente, The Economist a consacré un dossier au sujet délicat de l’indépendance des banquiers centraux. On sait combien D. Trump aime les déclarations peu amènes à l’encontre des «technocrates» de la Fed. L’Europe n’est pas en reste, à l’image des propos de M. Di Maio, le populiste italien. Rien de comparable me direz-vous? Pas si sûr! Je m’explique.

Aux Etats-Unis, malgré les nombreux coups de boutoir de l’administration actuelle à leur encontre, les institutions de l’Oncle Sam résistent bien. L’architecture de celles-ci est fondée sur un d’équilibre des pouvoirs. Les changements ne sont pas impossibles mais ils doivent s’inscrire dans la durée pour faire pencher la balance. Dans ce contexte, les différents pouvoirs disposent «d’armes» souvent puissantes pour contrer les velléités des uns ou des autres. Enfin, à l’image des élections de mi-mandat de l’an dernier, les électeurs ont une capacité de lancer des coups de semonce dont les politiques doivent tenir compte!

L’Europe est dans une situation différente, elle qui demeure une union monétaire inachevée, au regard d’une intégration fiscale «embryonnaire» et d’une union bancaire dont l’Allemagne n’a accepté qu’un renforcement a minima, et encore à reculons. Quant aux institutions politiques, l’insatisfaction à l’encontre d’une Commission jugée technocratique suffit à démontrer la légitimité limitée de cet aéropage. L’autre organe décisionnaire, le Conseil Européen, est connu pour les fractures qui l’animent et les compromis (boiteux) auxquels il préside. Dans ce contexte, la froide réception du Plan Macron pour relancer l’intégration budgétaire et fiscale démontre ce dernier point mais plus largement la faiblesse de l’Europe dans l’établissement d’un équilibre efficace des pouvoirs au sein de l’Union. Last but not least, le Parlement européen, dont les pouvoirs et la représentativité restent contestés, n’est en aucune façon comparable à au Congrès des Etats-Unis.

Ce qui nous ramène à la question de la succession de M. Draghi. On parle beaucoup de la fracture Nord-Sud dans la gestion de cette question entre un courant orthodoxe, avec l’Allemagne en tête, et celui plus «hétérodoxe», influencés par les cancres budgétaires. Sans être infondé, ce clivage n’est peut-être plus aussi vrai qu’il y a quelques années, ce qu’il faut mettre au crédit de M. Draghi. Celui-ci a su amener les pays nordiques à se soumettre à la politique monétaire non conventionnelle; certes, il a fallu en passer par un point de quasi rupture et le célèbre «whatever it takes» pour venir à bout des résistances. Ce dernier point symbolise toute l’importance de réussir la succession de Mario Draghi. D’une part, il ne faut pas fragiliser l’une des rares institutions européennes qui peut se prévaloir d’une légitimité. D’autre part, l’art de la manœuvre et du compromis du maître Draghi ne doit pas être mis en péril; en d’autres termes, il n’y aurait rien de pire que de trouver un candidat de compromis terne et sans relief!

* CIO, Prime Partners






 
 

AGEFI



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