La Question jurassienne est rallumée, selon la presse romande

mardi, 06.11.2018

"Onde de choc", "séisme politique", "gâchis", "malaise": la presse romande résume ainsi la décision de la préfète du Jura bernois d'invalider le vote du 18 juin 2017 sur l'appartenance cantonale de Moutier.

Des autonomistes jurassiens ont défilé lundi soir dans les rues de Moutier. (keystone)

Pour les médias romands, la Question jurassienne est rallumée après l'annulation lundi du vote de Moutier (BE). "Qui gagne perd", constate amèrement Le Quotidien Jurassien qui titre en Une "La griffe de la préfète", avec un dessin de presse illustrant la préfète manipulée comme une marionnette par un ours bernois qui la force à allumer un baril "Question jurassienne" prêt à exploser. Une préfète dessinée avec l'écusson bernois sur ses habits ainsi que les sigles de l'UDC et du PLR. "Une décision juridique de caractère politique", accuse le quotidien.

>> A lire: Annulation du vote de Moutier sur son appartenance cantonale

Malgré ce coup de griffe, le QJ veut encore y croire: "Moutier, rien n'est perdu". Il faudra juste patienter. "C'est une défaite d'étape pour les vainqueurs autonomistes du 18 juin (...) Moutier est une ville jurassienne et rejoindra, tôt ou tard, le canton du Jura. Les probernois savent qu'ils ont perdu la partie à Moutier. Déçus, ils cherchent à pourrir le jeu", lit-on dans l'éditorial.

"L'ours ne lâche pas sa proie"

"Chronique d'un fiasco annoncé", estime pour sa part Le Journal du Jura qui consacre sept pages sur le sujet. Son édito démarre sur cette question, que l'on retrouve ailleurs dans la presse romande, "Et si, dans tout ça, c'est le sentiment d'un immense gâchis qui l'emportait?".

Le journal souligne "que le verdict préfectoral repose sur quelques solides dysfonctionnements et s'inspire accessoirement de la jurisprudence du Tribunal fédéral (cas de Peseux). Il met en garde contre toute théorie du complot et tout populisme.

"Prévisible", assène aussi Arcinfo dans son commentaire, pour qui "la politique influence le droit". "L'Impartial/L'Express" rappelle au passage que le "gouvernement bernois ne s'est jamais fait à l'idée de céder dans la sérénité des pans de son territoire cantonal. Depuis des siècles, l'ours n'a pu se résoudre à lâcher sa proie qu'après avoir combattu par tous les moyens, fussent-ils parfois déloyaux". Bref, "tout est à refaire", titre Arcinfo.

"Confiance en miettes"

Pour le Temps, il s'agit d'un "séisme politique (...) qui rouvre les plaies qu'on pensait refermées". "Moutier ne peut pas se permettre des années de procédures juridiques pour trancher enfin la question de son appartenance cantonale. Seul un nouveau scrutin, régulier et accepté par tous, sortira la ville de l'impasse", écrit le journal.

"Le malaise à Moutier est profond. Les deux camps se regardent en chiens de faïence. La confiance dans les institutions est en miettes", souligne encore le quotidien.

Pour 24 heures et Tribune de Genève aussi, "à Moutier, le climat de rancoeur et de méfiance ne fera sans doute que s'épaissir". Dans un éditorial commun, les deux quotidiens lémaniques notent que "cette issue ne fait que des perdants".

"Les séparatistes, bien sûr, qui doivent s'en remettre à la justice pour tenter d'obtenir gain de cause. Le canton du Jura ensuite, dont les autorités crient au scandale politique. Leurs homologues de Berne, pour leur part, devront traîner longtemps encore ce boulet identitaire et institutionnel qu'est Moutier".

Sans aucun doute jusqu'au TF

Quant au Courrier, il ose cette métaphore: "L'affaire ressemble à une histoire banale de couple (Jura-Berne) dont le divorce s'est opéré dans la douleur voici plus de quarante ans, mais dont la garde de l'enfant Moutier fait des années plus tard encore l'objet d'un odieux chantage avec le public suisse comme observateur et témoin".

Et de poursuivre: "Désigner, plus d'une année après le vote, l'actuel maire de la ville comme principal fautif, c'est aller un peu vite en besogne. Il faut au moins deux bons acteurs pour jouer un mélodrame... à moins qu'il ne s'agisse de soliloques".

L'ensemble de la presse romande s'accorde enfin à dire que toute cette affaire se terminera sans aucun doute au Tribunal fédéral (TF). A l'instar du Temps, d'autres médias se demandent s'il ne vaudrait tout simplement pas mieux revoter. (ats)






 
 

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