Petites phrases de Jérôme Powell

lundi, 03.12.2018

On peut avoir le sentiment d’un changement dans le discours de la Fed. Les actions US affichent une forte hausse.

ENGUERRAND ARTAZ**

La vie des marchés financiers n’est parfois qu’une ­affai­­re de sémantique. Lors de sa conférence de presse du 8 novembre, le patron de la Fed américaine, Jérôme Powell, annonçait que les taux d’intérêt étaient «probablement encore loin du taux neutre*». Une déclaration en ligne avec le positionnement plutôt hawkish de la banque centrale américaine et son programme de resserrement monétaire qui prévoyait jusqu’à trois hausses de taux en 2019. 

Il y a quelques jours, pourtant, M. Powell déclarait à l’occasion d’une conférence au club économique de New York que les taux d’intérêts étaient «juste en-dessous» de la bande d’estimation du taux neutre, et que «les effets économiques de la hausse graduelle des taux sont incertains».

Ces propos, perçus comme très accommodants par les marchés, ont entraîné une forte hausse des actions américaines.

En effet, au regard de ces deux seules phrases, on peut avoir le sentiment d’un changement majeur dans le discours de la Fed. Pourtant, le message de fond n’a pas radicalement changé: pour 2019, tout est possible. 

La politique monétaire de la Fed restera corrélée à l’évolution des données économiques, et les membres du FOMC feront preuve de flexibilité dans leurs futures décisions. 

C’est également ce qu’ont confirmé les minutes de la dernière réunion de la Fed, publiées le jour suivant l’intervention de M. Powell. 

Tout au plus, ses déclarations ne sont donc qu’une confirmation que la Fed se tient prête à ralentir le rythme de sa normalisation si la situation l’exige, ce dont certains investisseurs doutaient peut-être. 

Il est certain qu’une bonne partie du chemin a déjà été effectué, et M. Powell a sans doute voulu nuancer ses propos d’octobre et de novembre, perçus comme très restrictifs et facteurs de stress sur les marchés. Mais y percevoir une inflexion majeure dans la trajectoire de la Fed est probablement exagéré.

Il faudra, d’une part, que les données économiques et notamment les chiffres d’inflation confirment cette tendance. 

Certes, les dernières publications vont dans ce sens, avec une inflation sous-jacente (core CPI) et une inflation des prix à la consommation mesurée par les dépenses des ménages (core PCE) qui sont ressorties non seulement en-dessous des attentes sur le mois d’octobre, mais également en recul par rapport au mois de septembre. 

Cependant, le rapport emploi de vendredi devra être étudié avec attention, car une accélération de l’inflation salariale viendrait s’opposer aux propos dovish de M. Powell. 

D’autre part, si la Fed pourrait éventuellement ralentir son rythme de remontée des taux, il est exclu qu’elle freine la réduction de la taille de son bilan. 

Le reflux de la liquidité mondiale, principale conséquence de la fin des politiques accommodantes des banques centrales, reste ainsi pleinement d’actualité.

Au vu des données récentes, rien ne justifie que la Fed américaine adopte une position plus restrictive, et c’est sans doute ce que son directeur a souhaité communiquer.

Mais rien ne justifie pour autant qu’elle se montre beaucoup plus souple dans l’immédiat.

* Taux neutre: généralement exprimé comme une bande d’estimation plutôt que comme un taux fixe, il s’agit du taux d’intérêt qui, théoriquement, n’est ni stimulant ni restrictif pour l’économie et qui constitue l’objectif de la banque centrale lorsque l’inflation est sur sa cible et que l’économie est au plein-emploi. 

**Analyste-gérant à La Financière de l’Echiquier 






 
 

AGEFI



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