Ode aux secteur des services

mardi, 17.09.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Le secteur des services contribue à hauteur de 65% à l’économie mondiale (2017, Banque mondiale). Aux Etats-Unis, il représente 77,4% du PIB, et à hauteur de 70% du PIB des pays-membre de l’OCDE. En Suisse, le taux s’élève à 71,3% du PIB. En Chine, les services contribuent à 52,2% du PIB, à 93%, à Macao SAR, et à 88,6% à Hong Kong SAR, les taux les plus élevés dans le monde. On trouve le taux le plus faible au Yémen, à 13,5%.

Sans y voir une vérité absolue, on peut penser qu’ il existe une corrélation positive entre la taille du secteur des services et le PIB par personne. Les pays avec le PIB par personne le plus élevé sont des économies où le secteur des services occupe une place importante, comme Monaco, Macao, le Luxembourg et Singapour, par exemple. Evidemment, d’autres facteurs influencent le niveau du PIB par personne, mais il faut toutefois reconnaître que la prépondérance des services dans ces économies apparaît comme un avantage, et non comme un frein au développement. 

Il existe beaucoup d’idées reçues, traduisant une certaine «angoisse» occidentale quant à la perte d’importance du secteur manufacturier. Ces croyances véhiculent une image de supériorité du secteur manufacturier par rapport à celui des services concernant sa capacité de générer de la croissance économique. Ceci est une vision largement obsolète aujourd’hui. D’abord, il faut se rendre compte, qu’hormis quelques exceptions, les années 1930 et 2008, le secteur manufacturier continue de croître en absolu. Si sa part dans le PIB baisse c’est parce que les services ont cru encore plus rapidement. Ainsi, il s’agit moins de désindustrialisation que d’un essor des services. Cet essor est plus ancien encore que beaucoup ne le croient. Aux Etats-Unis, la part du secteur des services domine celle du  secteur manufacturier dans le PIB depuis la fin des années 1950, et la création d’emploi depuis 1900. Il y a eu une fabuleuse création de richesse depuis les années 60 aux Etats-Unis, et elle est en grande partie bâtie sur les services. Elle témoigne que la production des services n’est en rien inférieure à la production du secteur manufacturier en termes de qualité de la croissance économique. 

Dans le contexte actuel de montée du protectionnisme, il est intéressant de noter que les Etats-Unis ont un surplus sur leur balance commerciale dans les services (de 20 milliards de dollars fin 2018), ainsi que le Royaume-Uni (11.5 milliards de dollars environ fin 2018). Par contre, côté produits manufacturiers, les deux pays affichent des déficits: près de 15 milliards de dollars pour le Royaume-Uni, et 80 milliards de dollars pour les Etats-Unis. Outre-Manche, les services qui sont  compétitifs sur le plan international sont bien sûr ceux du secteur bancaire. Aux Etats-Unis, le domaine du digital est un vecteur important des services (jeux, logiciels, etc.), ainsi que des services dans la construction (les cabinets d’architectes), la santé, l’éducation, etc.  

Vu les avantages compétitifs manifestes aux Etats-Unis et en Angleterre, ces pays auraient un intérêt bien plus évident à soutenir la libéralisation du commerce international du secteur des services que de tenter de protéger leurs industries manufacturières.

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI




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