Retour de la Tunisie sur le marché obligataire

dimanche, 28.10.2018

Obligations. Une bonne performance au vu de la hausse de l’aversion au risque et des nombreux remous politiques.

Gianni Pugliese*

Mercredi 24 octobre, la Tunisie a réussi à lever 500 millions d’euros à 5 ans sur le marché des capitaux. La performance est appréciable sous divers points de vue. 

D’une part, le degré d’aversion au risque a pris des proportions importantes tout au long du mois d’octobre. Les taux américains plus élevés, les tensions sur les tarifs douaniers, le Brexit, la fin attendue du programme d’achat de la BCE, le bras de fer budgétaire entre l’Italie et l’Europe et la crainte d’un ralentissement économique global ont malmené le sentiment du marché. Les indices boursiers ont fortement corrigés, les investisseurs ont favorisé les obligations gouvernementales américaines et allemandes et les primes de risque sur le crédit et les emprunts émergents (spread) se sont écartées, surtout sur les émetteurs plus risqués.

Outre cette composante «marché», le pays a dû offrir une prime de rendement supplémentaire sensée compenser les investisseurs pour un climat politique tendu qui freine les efforts d’assainissement des finances publiques. 

Le Ministère des Finances publie un déficit budgétaire de 6.1% en 2017, chiffre qui devrait diminuer à 5.2% cette année, d’après les estimations du FMI. Ce resserrement budgétaire, souhaité par le FMI, permettrait de stabiliser la dette publique qui devrait s’élever à 72% du PIB en 2018. Les 500 millions d’euros levés serviront justement à couvrir le financement du budget pour 2018. 

Au final, l’emprunt assorti d’un coupon de 6.75%, d’un prix de 98.975% et d’un rendement à maturité de 7% a été émis avec un spread de 652bp au-dessus du taux swap de même maturité. La Tunisie a émis par le biais de la Banque Centrale dont la dette est notée B2 et B+ par Moody’s et Fitch. Le succès a été au rendez-vous puisque, selon Bloomberg, 120 institutions ont souscrit pour un montant de 1,1 milliard d’euros contre les 500 millions prévus. 

A titre de comparaison, en février 2017, la Tunisie avait levé 850 millions d’euros à 7 ans, soit arrivant à maturité en février 2024, quasi en même temps. Le coupon n’était alors «que» de 5.625% pour un rendement de 5.75% et un spread de 535bp au-dessus du taux swap correspondant.

Une évolution difficile à estimer

Comment se sont comportées les 2 obligations? Le prix de la nouvelle émission est actuellement en hausse à 99.75%, pour un rendement de 6.81% et son spread s’est resserré à 636bp. Sur les 2 derniers jours, elle surperforme clairement l’emprunt émis en 2017 dont le prix a baissé et le spread s’est élargi. 

Que dire de l’évolution future de la performance de la dette tunisienne? Difficile à estimer. La semaine dernière encore, après avoir confirmé sa note de B2, Moody’s a abaissé ses perspectives de stables à négatives, citant l’intensification des pressions dues à un environnement extérieur de plus en plus défavorable, donc peu propice à la résilience. 

La tâche des autorités tunisiennes pour vaincre la réticence des investisseurs et gagner leur confiance sera d’autant plus ardue.

*Mirabaud






 
 

AGEFI



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