Une «capacité de nuisance» légèrement amoindrie

lundi, 12.11.2018

Obligations. L’issue des élections aux USA réduit la marge de manœuvre budgétaire de l’administration Trump.

François Christen*

Les élections «midterm» ont occulté l’actualité économique plutôt terne de la semaine passée. L’issue du scrutin est conforme aux messages transmis par les derniers sondages: les Républicains ont perdu leur majorité à la Chambre des Représentants, mais légèrement renforcé leur emprise sur le Sénat. Les Démocrates engrangent ainsi un demi-succès, car les pertes concédées à la Chambre haute du Congrès réduisent leurs chances de reconquérir l’ensemble du Congrès en 2020. En outre, Donald Trump n’est pas franchement désavoué par les électeurs.

A court terme, l’issue de ces élections réduit la marge de manœuvre de l’administration Trump qui perd sa capacité à entreprendre des grandes réformes telle que la refonte de la fiscalité votée à fin 2017. Le Président sera soumis à une surveillance parlementaire accrue, mais il pourra imputer une partie de ses échecs aux blocages imposés par un Congrès hostile. En matière budgétaire, les conséquences sont ambiguës: les Démocrates chercheront à obtenir des concessions avant de consentir au relèvement du «plafond de la dette» après le rétablissement de cette contrainte en mars 2019.

Comptant peu de «déficit hawks», les Démocrates utiliseront leur majorité à la Chambre basse pour bloquer certains projets (mur à la frontière mexicaine, défense spatiale) et en promouvoir d’autres (protection sociale, éducation). En fin de compte, le clivage des deux chambres ne devrait pas produire un resserrement drastique de la politique fiscale. Les dépenses publiques devraient continuer à augmenter à un rythme modéré, entrainant la dette fédérale vers de nouveaux sommets en attendant une pression accrue de la part des marchés financiers (un hypothétique réveil des «bond vigilantes»).

L’actualité conjoncturelle met toujours en lumière une économie américaine bien portante. L’érosion de l’indice de confiance des consommateurs publié par l’Université de Michigan (98.3 préliminaire en novembre après 98.6 en octobre) ne remet pas en question un climat remarquablement favorable en comparaison historique. La bonne tenue du marché du travail, confirmée par le niveau réduit des demandes d’indemnités de chômage (214’000 selon le dernier relevé hebdomadaire), annonce vraisemblablement de nouveaux records de dépenses à l’occasion du «black Friday» et de la saison de «Holiday shopping» que Wall Street scrute chaque année avec ferveur…

Autre temps fort, la réunion du FOMC s’est soldée par un statu quo archi-anticipé, car la banque centrale a désormais adopté un cycle trimestriel (mars, juin, septembre, décembre) qui réduit l’importance des autres réunions. Le bref communiqué publié jeudi passé dresse un tableau très favorable de l’économie américaine, en mettant l’accent sur un marché du travail qui s’est encore renforcé et sur l’expansion soutenue de l’activité. La banque centrale a évoqué des «risques équilibrés» et s’est abstenue de relever la forte volatilité des marchés financiers en octobre. Ce discours rigoureux suggère que le programme esquissé dans les projections dévoilées en septembre reste valide et qu’il faut se préparer à des relèvements de taux d’intérêt en décembre, puis à trois ou quatre reprises en 2019.

Généralement conforme aux attentes, l’actualité récente n’a guère affecté le marché des capitaux. La structure des taux d’intérêt en dollars US n’a pratiquement pas changé de physionomie, hormis une légère détente des rendements à long terme: le rendement du «Long Bond» à trente ans a ainsi cédé 5 points de base pour se replier à 3.4%.

En Europe, les emprunts gouvernementaux allemands présentent des rendements un léger repli au terme de la semaine écoulée (-4 points de base, à 0.39% pour le «Bund» à dix ans). Cette détente peu significative s’accorde avec des développements conjoncturels ni alarmants, ni enthousiasmants. A l’inverse des indices manufacturiers, les PMIs consacrés aux services se sont légèrement redressés en octobre pour s’établir à 53.7 contre 53.2 le mois précédent. La jauge composite affiche un léger redressement qui suggère que la zone euro poursuit une expansion modérée, sans plus.

Les prévisions de la Commission Européenne dévoilées jeudi passé annoncent une croissance de la zone euro de 2.1% en 2018 et 1.9% en 2019 (en retrait des 2.3% et 2% prévus en été) Ce ralentissement est imputable à des facteurs extérieurs, notamment au refroidissement du commerce international. Rien à signaler sur le front de l’inflation, qui devrait rester contenue à 1.8% l’an prochain alors que le taux de chômage refluera à 7.9%. En matière budgétaire, la Commission prévoit un creusement du déficit italien de 1.9% du PIB en 2018 à 2.9% en 2019 et un ratio d’endettement stable à 131% du PIB. Seule la Grèce, convalescente, présente un ratio d’endettement supérieur, mais censé fléchir de 183% en 2018 à 175% l’an prochain. Les primes de risque infligées à l’Italie ont augmenté, conduisant le «spread BTP - Bund» à dix ans au-delà de 3 points de pourcentage, dans l’attente du budget révisé que le gouvernement devrait présenter ce mardi à la Commission Européenne.

Hors zone euro, le marché des capitaux en livres sterling a connu une semaine paisible. Le rendement du «Gilt» à dix ans a fléchi à 1.45% en dépit du sursaut de la croissance observé au troisième trimestre (0.6% par rapport au T2, 1.5% en glissement annuel). Alimenté par un rebond des exportations et une progression robuste de la consommation des ménages et des dépenses publiques, ce renforcement devrait se révéler temporaire si l’on se fie aux indicateurs mensuels qui mettent en évidence un essoufflement des ventes au détail et de la production industrielle en octobre. En Suisse, la courbe des rendements est restée figée à des niveaux rédhibitoires pour tout épargnant ayant l’ambition d’engranger un rendement supérieur à zéro sans s’exposer à des durations élevées.

* Banque Profil de Gestion à Genève






 
 

AGEFI



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