L’incertitude subsiste encore

mercredi, 24.06.2020

Obligations. Les marchés financiers sont entrés dans une phase hésitante qui pourrait se prolonger.

François Christen*

La pandémie continue à se propager et à faire de nombreuses victimes à l’échelle mondiale, mais son impact sur les marchés financiers semble désormais amoindri. Les investisseurs saluent le reflux des cas de Covid-19 en Europe, en Asie (les nouveaux foyers ayant émergé à Pékin semblent être sous contrôle) et dans les Etats de la côte est des Etats-Unis qui avaient été durement touchés ce printemps sans trop se soucier de l’augmentation globale des cas. 

La dégradation de la situation épidémiologique constatée en Amérique latine et dans plusieurs Etats américains (Arizona, Floride, Caroline Nord et Sud…) n’empêche pas Wall Street de célébrer les symptômes de reprise de l’activité qui ont commencé à émerger.

Le rebond des ventes au détail observé en mai (17,7% mensuel, -6,1% en glissement annuel) a surpris par sa vigueur après la chute dramatique du mois précédent (-14,7% mensuel en avril). Le redressement de la production industrielle est plus timide (1,4% mensuel, -15,3% en glissement annuel), mais les enquêtes régionales annoncent une croissance plus vive en juin. Le rebond des mises en chantier, des permis de construire et de l’indice NAHB (58 après 37, pour une jauge centrée sur 50) traduisent une reprise du secteur de l’immobilier résidentiel. L’indicateur composite avancé du Conference Board (99,8 en mai après 97,1 en avril) préfigure un renforcement de la croissance au cours des prochains mois.

Sans surprise, le reflux des demandes d’indemnités de chômage se poursuit (1,5 million ­selon le dernier relevé hebdomadaire), mais le nombre total de bénéficiaires reste très élevé, aux environs de 20,5 millions. Dans ce contexte tourmenté, le Président de la Fed Jerome Powell a dressé un tableau assez sombre de la situation économique et exhorté les parlementaires à faire davantage pour minimiser les dommages à long terme provoqué par les faillites et licenciements résultant de la crise sanitaire.

La banque centrale a amplement contribué, avec les garanties accordées par le Congrès, à préserver le fonctionnement des marchés des capitaux en achetant des quantités massives d’emprunts du Trésor et des MBS et en irriguant les segments plus risqués avec des mesures ciblées. A cet égard, la Réserve fédérale a mis à jour les modalités de son programme consacré aux obligations d’entreprises. 

La banque centrale achètera désormais aussi des emprunts d’entreprises individuels afin de constituer un portefeuille indiciel englobant les émetteurs US (y compris les «anges déchus» tombés en catégorie BB-/Ba3 après le 22 mars). Cette approche complète les achats des ETFs. L’annonce bienveillante de la Fed s’est répercutée sur les «spreads» de crédit qui sont repartis à la baisse après un bref accès de fièvre (156 en moyenne pour l’univers High Grade et 615 pour l’univers High Yield).

Soumis au contrôle attentif et efficace de la Réserve fédérale, les emprunts du Trésor US présentent des rendements stationnaires: celui du «T-Note» à 10 ans est revenu s’établir dans une marge étroite proche de 0,7%. La banque centrale devrait tolérer un redressement modéré des rendements à long terme, mais elle pourrait prendre des mesures pour ancrer les rendements à court et moyen termes à des niveaux réduits, aptes à stimuler le redémarrage de l’activité et la baisse du chômage. Dans cet esprit, de nombreux commentateurs spéculent sur l’établissement d’un «plafond» sur les rendements au cours des prochains mois.

En Europe, la structure des taux d’intérêt en euros n’a pas changé de physionomie au terme de la semaine écoulée. Le rendement du «Bund» allemand à dix ans est quasiment inchangé à -0,42%. On observe toutefois une légère détente des rendements des BTP italiens alors que les membres de l’UE n’ont pas réussi à s’accorder sur les modalités d’un emprunt commun pour un montant de 750 milliards d’euros.

Quatre pays «frugaux» (Pays-Bas, Autriche, Danemark et Suède) s’opposent au plan souhaité par les quatre plus grandes économies de la zone euro. L’actualité conjoncturelle est sombre. Les commandes adressées à l’industrie italienne ont plongé de près 50% en avril. En mai, les immatriculations de voitures neuves affichent un recul de 52% à l’échelle de l’UE. Sans surprise, l’indicateur ZEW, en phase avec les marchés financiers, reflète une embellie en juin. Le rythme annuel de l’inflation des prix à la consommation est tombé à 0.1%, alors que l’inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) s’établit toujours à 0,9%.

Hors zone euro, la Banque d’Angleterre a annoncé une augmentation de 100 milliards de son programme d’achat d’obligations. L’un des neuf membres du comité s’est prononcé en faveur du statu quo en raison du rééquilibrage de la balance des risques observé depuis la précédente réunion. 

Comme aux USA, on observe un rebond marqué des ventes au détail en mai (12% mensuel, -13,1% en glissement annuel), alors que la réouverture complète des commerces est intervenue en juin.

En Suisse, la BNS a réaffirmé sa volonté d’endiguer la force du franc et de poursuivre une politique monétaire généreuse pour faciliter à l’accès au crédit, via les banques commerciales, des entreprises temporairement affaiblies par la crise sanitaire.

* Banque Profil de Gestion SA à Genève.






 
 

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