Et si la Chine vendait ses obligations du Trésor américain?

vendredi, 24.05.2019

Obligataire. Une telle démarche provoquerait la hausse des rendements US et dégraderait le déficit budgétaire.

Gianni Pugliese*

La guerre commerciale s’intensifie et alimente toutes sortes de scénarios dont les auteurs, qui sont également les acteurs, ne connaissent pas le dénouement eux-mêmes. Qui sait quelle sera la durée de l’affrontement et ses conséquences sur l’économie globale?
Le suspense économique et politique crée l’incertitude et fragilise le sentiment des investisseurs. Depuis début mai et la montée d’un cran des tensions entre les Etats-Unis et la Chine, les indices boursiers reculent, les primes de crédit s’élargissent et les devises émergentes souffrent. Inversement, les rendements gouvernementaux américains et allemands baissent. L’économie mondiale est en otage et la crainte de voir la croissance globale s’étouffer s’installe.
Autre source d’inquiétude, les potentielles représailles chinoises. Pour rappel, les autorités américaines pourraient taxer la totalité des importations de biens chinois, un montant imposable dépassant 500 milliards de dollars. Ce chiffre est environ quatre fois supérieur aux importations chinoises de biens américains. C’est pourquoi si Pékin risque de tomber rapidement à court de munitions sur le front des droits de douane, des mesures compensatoires sont envisageables.
Parmi celles-ci, un certain nombre d’acteurs redoutent que le plus gros détenteur étranger de bons du Trésor ne liquide une grande partie de son portefeuille. Une telle démarche provoquerait la hausse des rendements US et dégraderait le déficit budgétaire à travers la hausse du coût de la dette. Au vu du rôle international du dollar, les taux d’intérêt augmenteraient également ailleurs, ce qui pourrait déclencher un ralentissement économique mondial.
Un point de vue plutôt alarmiste que certains nuancent, autant sur le bien-fondé de la démarche que sur ses conséquences. En effet, une vente massive de bons du Trésor ouvrirait un nouveau front de guerre commerciale et causerait une forte instabilité financière. Dans la lignée, la vente de dollars contre yuans renforcerait la devise chinoise et nuirait aux exportations.
Et quelle alternative au marché des Treasuries, l’un des rares capable d’absorber l’ampleur de la demande tout en offrant des rémunérations bien supérieures à celles du Japon, de l’Allemagne ou de l’Angleterre? Les interrogations ne manquent pas mais pour en citer une dernière, combien la Chine est-elle prête à perdre sur son stock de 1100 milliards de dollars d’obligation américaines? Peu importe, peut-être, si le but est de semer le trouble.
Pour conclure, l’histoire récente a montré qu’une vague de ventes ne provoque pas nécessairement une hausse des rendements. En 2016, la Chine avait vendu un montant net de 160 milliards de dollars de bons du Trésor afin de soutenir sa devise et le rendement du 10 ans américain avait augmenté de 2,30% à 2,44%, une hausse toutefois surtout liée à l’élection du président Donald Trump.
L’inverse s’était produit en 2011 lorsque, durant le second semestre, la Chine vendait ses bons du Trésor et le rendement du 10 ans finissait l’année en baisse à 1,88%, contre 3,74% en février. La baisse était cette fois liée à l’aversion au risque suite à la crise souveraine européenne. Rien n’est noir ou blanc, au contraire, le film est tourné en technicolor.

* Analyste obligations, Mirabaud & Cie






 
 

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