Les emprunts du Trésor américain, antidote aux errances de Trump

lundi, 03.06.2019

Obligataire. Toujours aussi impulsif, le président américain plombe les Bourses mondiales et dope ainsi les valeurs-refuges.

François Christen*

Le facteur «Trump» a exercé une influence décisive sur les marchés financiers durant la semaine écoulée. Les velléités protectionnistes du président des Etats-Unis à l’encontre du Mexique ont jeté un froid sur le marché des actions et la plupart des actifs risqués. Ce dossier semblait plus ou moins réglé à la faveur de la renégociation des termes du NAFTA, mais vient de rebondir de manière inattendue en tant que moyen de pression dans la croisade de Donald Trump contre l’immigration illégale, en vue des élections de 2020.

Encore une fois, le président n’a pas perdu de temps en évoquant une taxe de 5% frappant l’ensemble des 350 milliards de biens importés du Mexique dès le 10 juin. Certes, la menace s’apparente à un moyen de pression censé renforcer la position des Etats-Unis dans un processus de négociation. Cette approche impulsive et agressive comporte de grands risques d’escalade même si le Mexique semble ouvert au dialogue.

Il est de plus en plus difficile à adhérer à cette fable qui voudrait que le protectionnisme des Etats-Unis vise, à long terme, à promouvoir un «libre-échange» équilibré et harmonieux. La montée en puissance de l’économie chinoise inquiète de nombreux «faucons» à Washington qui pensent qu’il est encore temps de contenir les ambitions stratégiques et technologiques de la Chine. Espérer une «armistice commerciale» dans un tel contexte est illusoire. L’offensive contre le Mexique est plus anecdotique, mais symptomatique de l’imprévisibilité de Donald Trump, voire de son incurie quand il affirme que les taxes à l’importation n’apportent que des bénéfices aux Etats-Unis.

Dans un environnement boursier tourmenté, les obligations gouvernementales ont fait valoir leur statut de valeur-refuge. La structure des taux d’intérêt en dollars US a fléchi pour s’établir à des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis près de deux ans! Le rendement du «T-Note US» à dix ans est ainsi tombé à 2,12%, tandis que les rémunérations des emprunts à deux et cinq ans ont chuté en-dessous de 2%. Ce déclin prononcé, que le «consensus» n’avait évidemment pas vu venir, résulte d’un mouvement de fuite vers la qualité au détriment des actions et des obligations d’entreprises n’offrant pas les meilleures garanties. A l’instar des actions, le segment «High Yield» a perdu en mai une partie non négligeable des gains accumulés en début d’année. Le spread moyen de l’univers «HY» englobé par l’indice global ICE BofA Merrill Lynch a gonflé de 72 points de base durant le mois pour s’établir à 4,7%!

Occultée par les frasques de Donald Trump, l’actualité conjoncturelle est plutôt souriante. L’évolution de la confiance des consommateurs (134,1 en mai après 129,2 avril selon l’enquête du Conference Board, 100 après 97,2 selon l’Université de Michigan) semble annoncer un rapport de l’emploi robuste. L’érosion de l’indice ISM (52,1 en mai, au plus bas depuis octobre 2016) confirme cependant le refroidissement de secteur manufacturier.

Le vice-président de la Fed Richard Clarida a justifié la patience de la Réserve fédérale tout en laissant entendre que la banque centrale pourrait être amenée à se montrer plus accommodante si les perspectives de croissance devaient s’assombrir. Le banquier central estime que les anticipations d’inflation se situent dans le bas de la fourchette compatible avec le mandat de stabilité des prix de la Fed. Le banquier central considère en outre que le taux de chômage d’équilibre des Etats-Unis pourrait s’établir à 4%, voire plus bas, ce qui affaiblit la cause d’un resserrement dicté par les conditions sur le marché du travail.

Les projections dévoilées à l’issue de la réunion du FOMC des 18 et 19 juin permettront de mieux cerner l’équilibre des forces au sein du comité, ainsi que la probabilité d’assister à une baisse des taux d’intérêt durant le second semestre. Pour sa part, le marché mise sur une réduction agressive qui devrait conduire le taux d’intérêt directeur de la Fed en dessous de 2% avant la fin de l’année (le contrat échéant en janvier 2020 s’établit à 1,7%!), ce qui préfigure un ralentissement de la croissance américaine et une extension de la guerre commerciale qui a plombé les actifs risqués en mai.

En Europe, les emprunts gouvernementaux allemands, britanniques et suisses affichent des gains significatifs. Le rendement du «Bund» à dix ans est tombé à -0,21%, ce qui constitue un nouveau record de profondeur. Les rendements des emprunts de la Confédération sont tout près des abysses atteints en 2016. Les emprunts italiens sont en revanche sanctionnés par un accroissement marqué des spreads dans la perspective d’une confrontation entre les autorités européennes et un gouvernement qui refuse l’austérité et la tutelle de l’UE.

*Banque Profil de Gestion, Genève






 
 

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