Le régime anticyclonique perdure à Wall Street

lundi, 09.12.2019

Obligataire. Réjouissante et stable, la météo boursière n’est pas à l’abri d’une dégradation à moyen terme.

François Christen*

Une infime détente a conduit le rendement du «T-note US» à dix ans aux environs de 1,82% au terme d’une semaine marquée par une forte volatilité sur le marché des actions. La guerre commerciale opposant la Chine aux Etats-Unis provoque en effet des turbulences imprévisibles au gré des déclarations et rumeurs contradictoires qui se succèdent à un rythme déroutant. 

Mardi passé, Donald Trump a laissé entendre que les négociations pourraient se prolonger au-delà des élections présidentielles et législatives de 2020. Faut-il comprendre que la «phase une» de l’accord annoncée en octobre, mais toujours pas ratifiée, est remise en question? Pas forcément, si l’on se fie aux rumeurs relayées jeudi par Bloomberg et à l’annonce, vendredi, de la suppression de certaines taxes frappant des produits américains importés en Chine. Du côté des Etats-Unis, la mise en œuvre de nouvelles taxes à l’importation le 15 décembre constituerait une très mauvaise nouvelle. A contrario, les marchés ne manqueraient pas de saluer la baisse, voire la suppression, de certaines taxes mises en œuvre en 2019. Entre ces extrêmes, la phase d’incertitude pourrait perdurer sous la forme d’une trêve émaillée par des annonces contradictoires exacerbant la nervosité des investisseurs.

Robustesse des services

L’actualité conjoncturelle est assez souriante, malgré l’érosion des indices ISM. Le repli de la jauge manufacturière de 48,3 à 48,1 n’est pas significatif, tandis que la baisse de l’indice consacré aux secteurs non manufacturiers de 54,7 à 53,9 ne remet guère en question la robustesse des activités de services. La vigueur des Etats-Unis est confirmée par la progression soutenue de l’embauche (266.000 en décembre après 156.000 en novembre) et par le recul du taux de chômage à 3,5%, au plus bas depuis 1969! Cette baisse ne s’accompagne pas de la moindre accélération de l’inflation salariale; au contraire, la progression du salaire horaire moyen a fléchi pour s’établir à 3,1% (contre 3,2% le mois précédent). Le lien empirique établi pas la «courbe de Philips» reste ainsi caduque.

L’amélioration de la confiance des consommateurs (99,2 en décembre, après 96,8 en novembre) et le déclin des demandes d’indemnités de chômage complètent un tableau souriant qui justifie la volonté de la Fed de ne pas abaisser davantage les taux d’intérêt. Le statu quo largement escompté mercredi est donc légitime; et le biais vers un assouplissement est désormais modeste. Wall Street ne devrait donc pas trop s’émouvoir si les projections des gouverneurs ne préfigurent aucune réduction des taux d’intérêt en 2020.

En Europe, comme aux Etats-Unis, les taux d’intérêt affichent une baisse à peine significative. Le rendement du «Bund» allemand se maintient ainsi dans une zone étroite, proche de -0,3%. A l’instar de la Fed, la BCE tiendra cette semaine une réunion qui devrait se solder par un statu quo. 

Il sera intéressant de prendre connaissance des nouvelles projections trimestrielles et de la vision développée par Christine Lagarde (lire ci-dessous). La BCE a un problème de crédibilité en matière d’inflation car elle se révèle incapable d’atteindre la cible proche de 2%. Les premiers discours de Christine Lagarde ne semblent toutefois pas annoncer un changement de paradigme audacieux par rapport à la politique conduite sous la présidence de Mario Draghi.

Expansion atone

Les PMIs européens sont loin d’être enthousiasmants. En léger repli et proche de 50, l’indice consacré aux services (51,9 en novembre après 52,2 en octobre) traduit une expansion atone. Le rebond graduel de la jauge manufacturière, de 45,9 à 46,9, semble toutefois annoncer des jours meilleurs, notamment en Allemagne où le secteur automobile devrait se stabiliser après avoir réduit les inventaires. La production de l’industrie germanique et les commandes qui lui sont adressées ont toutefois poursuivi leur déclin en octobre, préfigurant une stagnation persistante de la première économie de la zone euro.

Issue cruciale

Au Royaume-Uni, les rendements en livre sterling sont stationnaires et l’économie présente des PMI inférieurs à 50 dans les secteurs (services, construction et manufacturier). Ces symptômes de faiblesse résultent d’un environnement international morne et du climat d’incertitude généré par le «Brexit». A cet égard, l’issue du scrutin qui se tiendra jeudi est cruciale. Une victoire des Conservateurs conduits par Boris Johnson, prédite par les sondages, impliquerait une sortie dès la fin du mois de janvier, alors qu’un parlement bancal pourrait faire dérailler le processus de séparation, dans l’attente d’un deuxième référendum. En Suisse, les emprunts en francs affichent aussi des rendements stables. Les derniers indicateurs font état d’un léger recul de l’activité manufacturière et d’une inflation proche de zéro (-0,1% pour l’indice général, +0,4% hors énergie et alimentation).

En léger repli, les primes de risque de crédit corroborent le régime «risk on» reflété par les actions. La décrue se poursuit, notamment sur le segment «high yield», mais les «spreads» ne s’établissent pas encore à des niveaux synonymes d’exagération ou de complaisance.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI




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