Nouvelle-Zélande: baisse des taux pour relancer l’inflation et l’emploi

vendredi, 10.05.2019

Obligataire. Recul record de 25 points à 1,5%, première baisse depuis novembre 2016.

Gianni Pugliese*

Nous avions utilisé une métaphore, «l’Arlésienne», pour illustrer une inflation que tous attendent mais qui ne se présente pas. Le contexte était celui de l’Australie où les derniers chiffres d’inflation avaient marqué un fort recul au cours des trois premiers mois de l’année. Les autorités monétaires avaient répondu en abandonnant leur biais restrictif au profit d’une position neutre. Ce scénario est familier au vu du nombre croissant de banques centrales qui peinent à atteindre leurs objectifs d’inflation et optent pour un ton plus accommodant.
Mais ce 8 mai, la Banque centrale de Nouvelle-Zélande (RBNZ) a franchi un palier supplémentaire en réduisant son taux directeur (OCR) de 25 points de base à 1,5%, la première baisse depuis novembre 2016. Son gouverneur, M. Orr, a justifié la décision par la faiblesse de l’inflation et par le manque de création d’emplois. Ce faisant, les autorités monétaires ont donné un signal fort quant à leur volonté de provoquer la hausse de l’inflation et soutenir le marché du travail, contrairement à la Fed et la Banque d’Australie qui, malgré un ton plus accommodant, n’ont pas montré la même détermination. M. Orr a joint l’acte à la parole, lui qui avait annoncé la couleur en mars dernier. Le dollar néo-zélandais s’est immédiatement déprécié pour traiter en dessous de 0,66 contre dollar US et le taux swap à deux ans a chuté à 1,595%, atteignant un plus bas historique.
Une baisse en cache-t-elle une autre? Comme souvent, tout dépendra de l’évolution des statistiques. La RBNZ est à présent en mode «observation», loin de tout sentiment d’urgence. Le Comité de politique monétaire a déclaré que la baisse des taux offrait une perspective plus équilibrée de sa politique monétaire et que les risques pour ses objectifs en matière d’inflation et d’emploi étaient désormais globalement équilibrés par rapport aux nouvelles projections.
Cela dit, la toile de fond est incertaine. La confiance modérée des entreprises et la crainte liée à l’impact des tensions commerciales sur la croissance mondiale assombrissent les perspectives. Le PIB est passé de 3,4% en 2017 à 2,3% l’an dernier et la RBNZ a révisé à la baisse sa prévision de croissance au premier trimestre à 2,2% en glissement annuel contre 2,9% précédemment. Un rebond à 3,2% est envisagé en 2020.
M. Orr a expliqué que l’activité domestique a ralenti à partir du deuxième trimestre 2018. Une croissance démographique affaiblie par la baisse de l’immigration nette ainsi que les difficultés du marché immobilier dans certaines régions ont pesé sur la consommation. C’est pourquoi la Banque centrale estime que l’inflation n’atteindra pas 2% –milieu de sa fourchette cible de 1% à 3% – avant le le deuxième trimestre 2021, soit six mois plus tard qu’anticipé.
Finalement, un élément de réponse parmi d’autres pourrait provenir de la devise. La baisse du taux directeur et l’intensification des tensions liées à la guerre commerciale pourraient contribuer à préserver la baisse du dollar néo-zélandais. Un moyen d’importer un peu d’inflation et d’asseoir le statu quo de la politique monétaire.

* Analyste obligations chez Mirabaud & Cie






 
 

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