Tout est question de perception sur les marchés financiers

dimanche, 14.06.2020

Obligataire. Qu’est-ce qui anime les marchés? L’attribut le plus précieux d’une banque centrale: sa crédibilité. Et c’est là-dessus, et non les faits, que se fonde leur perception.

Catherine Reichlin

Catherine Reichlin

«La perception des événements compte plus que les faits». Attribuée à Napoléon, cette citation est aujourd’hui brillamment illustrée par les marchés financiers. J. Powell a récemment confirmé le biais accommodant de la Fed, biais qui va perdurer étant donné son pessimisme sur la reprise économique à court terme. 

Des secteurs resteront à risque tant que «les gens ne se sentiront pas vraiment en sécurité». Le choix du verbe est intéressant: «se sentir» en sécurité et non «l’être». Un miroir parfait de ce qui se joue sur les marchés de crédit qui «sentent» que la Fed sera là pour acheter de la dette. 

En réalité, la Fed n’a pas encore effectué d’achats directs d’obligations. Pourtant, tandis que les espoirs d’une reprise en V s’éloignent pour l’économie, ils se concrétisent pour les marchés financiers. Le rebond a été tout aussi violent et brutal que l’avait été leur chute. 

Rien ne semble les arrêter. Ils montrent un insatiable appétit pour les nouvelles émissions obligataires et font, d’une certaine façon, le travail de la Fed. Entre le 23 mars, date d’annonce du programme, et la fin mai, pas moins de 733 milliards de dollars de nouvelles dettes ont été émises par les entreprises de «catégorie investissement». Un phénomène qui s’essouffle? L’effondrement des primes de concessions et la difficulté à acheter ces obligations dans le marché secondaire attestent de l’installation de la tendance. 

De ce côté de l’Atlantique, si le rebond a aussi eu lieu, la seconde partie du «V» est moins avancée qu’aux Etats-Unis, ce qui n’empêche en rien une hyperactivité du marché primaire. Les prémisses d’une mutualisation de la dette et les attentes de réponse fiscale nourrissent la perception que le pire est passé, mais ici, tout n’est pas que sentiment. 

La BCE, moins fracassante dans ses déclarations, est déjà sur le pont et achète de la dette sur le marché secondaire. Entre mars et mai elle a, dans le cadre de son programme PEPP, acheté plus de 37 milliards d’obligations d’euros. La veille de la réunion du mois de juin de la BCE et de l’extension dudit programme, l’Italie a audacieusement émis une nouvelle obligation à 10 ans. Une audace qui a payé car elle détient désormais le record de la plus forte demande avec des carnets d’ordres qui ont atteint... 108 milliards d’euros pour une émission de 14 milliards d’euros. 

La Fed et la BCE se défendent toutes deux de vouloir jour un rôle sur le prix des actifs financiers, elles sont aussi encore loin d’intervenir à plein régime. Mais alors, qu’est-ce qui anime les marchés? L’attribut le plus précieux d’une banque centrale: sa crédibilité. Et c’est sur cette dernière, et non sur des faits, que se fonde la perception des marchés. Espérons qu’elle s’avèrera juste et qu’elle-même ne sera pas perçue plus tard comme de la crédulité.

* Mirabaud






 
 

AGEFI



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