Le sentiment s’est nettement détérioré

dimanche, 25.11.2018

Obligataire. Pour la première fois depuis la crise financière, les performances des indices liés au crédit finiront très probablement l’année dans le rouge.

Gianni Pugliese*

Le sentiment sur le marché du crédit s’est fortement détérioré récemment. Pour la première fois depuis la crise financière, les performances des indices obligataires liés au crédit finiront très probablement l’année dans le rouge. Des «accidents obligataires» ont frappé des émetteurs connus ce qui a contribué à noircir le tableau. Les déboires de General Electric, Renault ou encore l’entreprise californienne Pacific Gas & Electric Company ont exacerbé la nervosité des marchés et propulsé les primes de risque du secteur Investment Grade (IG) vers des plus hauts niveaux observés sur les deux dernières années. 

Si le marché a fait preuve de complaisance jusqu’à il y a peu, il semble avoir tourné en mode punitif. Il sévit à présent sur tous les segments IG et High Yield (HY) américains et européens. Toutes les performances des indices corporates Bloomberg Barclays sont négatives sur l’année. La performance de l’indice HY européen (-3.2% au 22 novembre), par exemple, est au plus bas depuis l’année 2011 (-3.2%). Comme souvent, en cas de retournement de tendance, les spécialistes, autrefois très optimistes, deviennent très, voire trop, pessimistes. Les commentaires alimentent les inquiétudes et vice versa. 

L’impact du cocktail Fed-BCE

Un thème majeur est celui de la combinaison de la hausse des taux d’intérêts américains et de la fin prochaine du programme d’achats de la BCE. Elle force les investisseurs à faire quelque chose qu’ils n’ont plus fait depuis des années: passer de la quête effrénée de rendements à la préservation de leur capital. 

La préoccupation due aux tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, le Brexit, la crise entre l’Italie et l’Europe, la crainte d’un ralentissement économique global, des prévisions de bénéfices des entreprises moins élevées, la hausse de la volatilité des marchés actions et la chute des prix du pétrole sont d’autres thèmes régulièrement cités. 

Les primes de risques peuvent encore s’écarter

Autant de zones de turbulences qui incitent le marché à penser que les primes de risque peuvent encore s’écarter. A cela s’ajoute une composante émotionnelle qui complique les conditions de marché: la liquidité diminue, la chute des prix s’accélère et se répand à tous les segments. Des propos tenus par des gérants obligataires tels que «ceux qui peuvent prendre des bénéfices sur le crédit devraient le faire maintenant» illustrent bien cette dimension émotionnelle. Une d’année où les quatre classes obligataires finiraient en territoire négatif nous renverrait en 2008, selon les données compilées par Bloomberg. 

Tout n’est pas si négatif

Voilà pour le côté sombre... Mais terminons sur une note plus optimiste et rationnelle. Les économies des deux côtés de l’Atlantique sont en croissance. Les niveaux des CDS euros et dollars sont bien inférieurs aux sommets atteints lors la crise financière, ce qui relativise le degré de préoccupation. Les coûts d’emprunt restent historiquement bas, même après la correction en cours, et les taux de défauts sont faibles. Alors si la prudence est de mise, elle n’exclut pas des opportunités à saisir pour les investisseurs avisés. La panique des uns peut faire le bonheur des autres!

*Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



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