Succès des obligations européennes à plus de 20 ans

lundi, 10.06.2019

Obligataire. Plusieurs émetteurs ont émis récemment des obligations en euros de longues maturités.

Gianni Pugliese*

Voltaire (1694-1778) est souvent considéré comme l’auteur du proverbe «le malheur des uns fait le bonheur des autres». En inversant la formule, le dicton devient «le bonheur des uns fait le malheur des autres». Quel que soit le sens, il a traversé les âges et demeure actuel dans bien des domaines, y compris dans celui des marchés obligataires. En effet, la récente baisse marquée des rendements vers des niveaux très bas est une aubaine pour les emprunteurs. Au contraire, elle est un fardeau pour les investisseurs qui doivent prendre plus de risques pour des taux de rémunération, au mieux décents aux Etats-Unis, à peine positifs en Europe. 

Un article paru dans Bloomberg illustre bien cette toile de fond. En moins d’un mois, la valeur de marché des obligations à rendement négatif a bondi à 11.300 milliards de dollars (selon les prix de clôture du 31 mai), ce qui équivaut à plus d’un cinquième de la dette mondiale classée en catégorie d’investissement. Pour rappel, le montant record de 12.200 milliards avait été atteint en juin 2016. C’est une opportunité qui permet aux entreprises de se financer à moindre coût sur des maturités plus longues, tout particulièrement en Europe, où les rendements allemands sont négatifs jusqu’aux échéances à 15 ans. 

Cette semaine, John Deere (A/A2), le fabricant américain de matériel agricole, a profité de cette fenêtre pour lever 650 millions d’euros à 20 ans à un prix de 99,528% et un rendement de 1,68%. Deux jours après l’émission, les obligations étaient offertes à 100,62% sur le marché secondaire, soit un rendement de 1,61%. Avant John Deere, quatre autres émetteurs non-financiers avaient émis des emprunts à 20 ans en euro, parmi lesquels Unilever et Vodafone. Le succès était déjà au rendez-vous avec des cours en hausse sur le secondaire et des primes de risque en baisse. 

La dynamique qui suit corrobore la première partie du dicton. Les institutionnels ont besoin de rendement pour atteindre leurs objectifs. Le taux de rémunération du Bund à 15 ans est de -0,04%, celui du Bund à 20 ans est de +0,13%. Le rendement à maturité de l’indice Bloomberg Barclays Corporate Investment Grade est d’environ 1,50% pour la partie 10 ans et plus. Ajoutons que 30% d’obligations européennes ont un rendement négatif et nous comprenons pourquoi certains peuvent s’assurer des financements à long-terme et à bon compte. 

Quant à la seconde partie du dicton, il faut peut-être nuancer. Les investisseurs sont contraints d’acheter plus loin sur la courbe et doivent augmenter la part non gouvernementale. C’est l’un des seuls moyens pour atteindre des objectifs de rendement. Le risque est qu’en cas de retournement des anticipations de taux d’intérêt, ces obligations à longue maturités achetées à des rendements historiquement bas seront celles qui souffriront le plus rapidement. Dans ce cas, nous pourrions conclure que le bonheur des emprunteurs aujourd’hui fera le malheur des investisseurs un jour... sauf si un scénario à la japonaise, évoqué sporadiquement, venait à se réaliser.

*Analyste obligations chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



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