Pénurie de liquidités en Egypte

mardi, 08.09.2020

Obligataire. Noté B par Moody’s, le pays est pénalisé par des besoins de financements gouvernementaux colossaux.

Catherine Reichlin*

Catherine Reichlin

Depuis la dévaluation de sa monnaie en 2016, pierre angulaire d’un programme de réformes du FMI qui lui avait permis d’obtenir un prêt de12 milliards de dollars, l’Egypte trace sa route et ne s’arrête pas. Le retour des capitaux étrangers sur le marché de la dette locale cet été, après 3 mois d’hémorragie, et la confirmation de sa notation par Moody’s fin août n’y changeront rien. 

Avec des rendements particulièrement élevés, la dette locale attire les opérations de portage et les bonnes relations entre le pays et le FMI soutiennent la con­fiance des investisseurs. Mais c’est justement ce niveau de financement élevé qui motive l’Egypte à diversifier sa base d’investisseurs pour en baisser les conditions. Notée B par Moody’s, l’Egypte bénéficie de nombreux atouts mais est pénalisée par des besoins de financements gouvernementaux colossaux: entre 30% et 40% du PIB. Et même si, selon le FMI, la croissance devait tomber à 2% cette année, ce simple fait explique à lui seul l’importance de l’accès à des liquidités. Alors qui prête à l’Egypte? Tout d’abord le FMI. 

Cette année, l’institut a débloqué un prêt d’urgence de 2,8 milliards en mai puis a approuvé fin juin un nouveau prêt de 5,2 milliards. Le marché international prête également à l’Egypte: 5 milliards empruntés en mai sur l’Euromarché. Les carnets d’ordres avaient rapidement atteint 22 milliards et ont marqué le début du retour de l’appétit au risque qui ne s’est depuis pas tari. L’Egypte devrait y refaire appel dans les 10 prochains mois avec 7 milliards de dollars de nouvelles obligations. 

Le retour des investisseurs étrangers sur le marché local continue et pourrait s’accélérer car l’Egypte travaille avec Euroclear afin de pouvoir y faire livrer sa dette locale. Un allègement des complications administratives devrait donc encourager de nouveaux investisseurs. Le pays a aussi demandé à JPMorgan Chase de l’inclure dans les indices de dette émergente locale, référence pour de nombreux investisseurs qui constitue un autre moyen d’attirer les capitaux des investisseurs passifs. Mais ce n’est pas tout. L’Egypte est également sur le point de faire son entrée sur le marché de la dette islamique (Sukuk) locale et étrangère. Sans compter son avancement dans la structuration d’une obligation verte, la première pour la nation la plus peuplée de la région qui connaît de grandes difficultés en approvisionnement d’eau.

Finalement, le marché de la dette inclut également les prêts bancaires et l’Egypte travaille sur ce front avec un consortium de banques locales et internationales. Elle est sur le point d’obtenir un prêt 2 milliards de dollars pour une durée d’une année. Si elle a limité les dégâts, l’Egypte a été touchée de plein fouet par la pandémie, le tourisme constituant par exemple 12% du PIB et 9% de l’emploi.

Les réformes engagées entre 2016 et 2019 ont toutefois permis d’en atténuer l’impact. Reste que l’attitude de l’Egypte nous rappelle qu’il ne faut jamais s’endormir sur ses lauriers et ne pas hésiter à faire le plein dès que la situation le permet.

*Responsable de la recherche financière, Mirabaud






 
 

AGEFI



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