Un regain de confiance et de nombreux obstacles

lundi, 28.01.2019

Obligataire. Moult incertitudes menacent le rétablissement des marchés favorisé par la volte-face de la Fed.

François Christen*

La parole est aux banquiers centraux qui sont actuellement confrontés à un environnement difficile à appréhender. De multiples facteurs de risque sont susceptibles de déstabiliser les marchés financiers et d’entraîner un ralentissement de l’économie mondiale alors que l’économie américaine poursuit une expansion dynamique et potentiellement inflationniste. 

Le tableau conjoncturel aux Etats-Unis n’a guère évolué: les demandes d’indemnité de chômage s’inscrivent toujours à un niveau réduit (199.000 selon le dernier relevé hebdomadaire), tandis que les PMIs dévoilés par Markit font état d’un léger renforcement de l’activité manufacturière (54,9 préliminaire en janvier après 53,8 en décembre) et d’un tassement infime du côté des services (54,2 après 54,4). L’indicateur précurseur du Conference Board affiche toutefois un léger recul (-0,1% en décembre après 0,2% en novembre) qui tend à légitimer le changement de discours de la Réserve Fédérale. 

A défaut de constituer un enjeu majeur, la réunion du FOMC des 29 et 30 janvier devrait entériner la posture «wait and see», corollaire de la patience prêchée par Jerome Powell et plusieurs de ses collègues depuis le début de l’année. Le communiqué officiel devrait intégrer des signaux assez explicites suggérant que le taux d’intérêt des «Fed funds» ne sera pas relevé dans un avenir proche, en attendant de mieux cerner l’évolution de l’économie américaine et mondiale.

Pour l’heure, le «biais» demeure haussier

Si l’on se fie «aux marchés», le cycle de relèvement des taux d’intérêt est d’ores et déjà achevé aux Etats-Unis. La réduction de la taille du bilan de la Réserve Fédérale (au rythme de 50 milliards de dollars par mois) est contestée et pourrait être reconsidérée. Cela étant, de nombreux économistes persistent à penser que la Fed relèvera davantage son taux d’intérêt directeur, conformément aux projections dévoilées en décembre. Pour l’heure, le «biais» demeure haussier, mais il est vrai que les nuages qui se profilent à l’horizon et que le comportement paisible de l’inflation plaident pour la retenue.

Après 36 jours de «shutdown», Donal Trump a finalement passé un accord temporaire avec une opposition démocrate intransigeante. Le gouvernement peut reprendre l’ensemble de ses activités pour une période de trois semaines, parallèlement à la négociation d’un accord à plus long terme dont l’issue restera incertaine aussi longtemps que le Président n’aura pas renoncé à ériger un mur à la frontière mexicaine. Confronté aux Démocrates et à la Chine, le gouvernement a du pain sur la planche... et les marchés ne sont pas à l’abri de nouvelles désillusions. Dans ce contexte incertain, les emprunts du Trésor US enregistrent des gains modestes qui ont conduit le rendement du T-Note à dix ans aux environs de 2,75%.

En Europe, les rendements en euros demeurent sous pression: celui du «Bund» allemand à dix ans a cédé 5 points de base pour s’établir à 0,2%, tandis que le rendement du «BTP» italien a convergé lentement en refluant aux environs de 2,6%.

L’actualité conjoncturelle est plutôt sombre, car la plupart des indicateurs traduisent une dégradation de la marche des affaires. Tel est notamment le cas de l’indice allemand IFO, qui est tombé à 99,1 en janvier (contre 101 en décembre et 104,6 un an auparavant). A l’échelle de la zone euro, tant le PMI manufacturier (50,5 préliminaire en janvier après 51,4 en décembre) que le PMI consacré aux services (50,8 après 51,2) se rapprochent dangereusement de 50, un niveau synonyme de stagnation.

Optimisme de façade peu crédible

De retour aux affaires, le Conseil des gouverneurs de la BCE n’a pas jugé utile de reformuler un communiqué qui annonce le maintien des taux d’intérêt directeurs à leur niveau actuel jusqu’à la fin de l’été au moins. Si la banque centrale affiche un optimisme de façade peu crédible, elle a néanmoins observé que les risques affectant les perspectives de croissance de la zone euro avaient mué vers le bas. La BCE tarde donc à réagir face une dégradation qui s’avère pourtant plus longue et plus sévère qu’elle ne l’avait escompté l’automne passé.

Hors zone euro, le Président de la BNS vient de réaffirmer le bien-fondé d’une politique monétaire qui vise essentiellement à contenir l’appréciation du franc suisse. La banque centrale helvétique n’a pas attendu la Réserve Fédérale pour faire preuve de patience.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI



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