La potentielle dégradation de la dette italienne

mercredi, 30.09.2020

Obligataire. Malgré les inquiétudes des agences de notation, le marché semble exclure un scénario de retour à la crise des souverains pour l’Etat transalpin.

Gianni Pugliese*

Ce mois-ci, S&P a placé le A de l’Espagne sous perspective négative, sans pour autant avoir «remué» le marché obligataire. L’impact pourrait être tout autre lorsque, le 23 octobre, l’agence passera sous revue la note de l’Italie (BBB/perspective négative).En cas d’abaissement à BBB-, la dette transalpine ne sera désormais séparée que d’un cran de la catégorie «spéculative», et ce auprès des trois principales agences de notation. De là à anticiper la perte prochaine du statut «d’investissement de qualité» puis la sortie de l’indice de référence, il n’y a qu’un pas à franchir. Le genre d’incertitude susceptible de déclencher la liquidation des positions en BTP par les gérants actifs et contraindre la BCE à intervenir. Pourquoi? Pour éviter un remake de la crise des souverains de 2011-2012, illustré par l’exemple du Portugal.

Les ventes liées à la sortie de l’indice avaient alors provoqué l’effondrement des prix des titres étatiques et forcé le pays à recourir au plan de sauvetage de l’UE. Mais avant cela, les spéculations sur la perte d’éligibilité au sein de l’indice avaient déjà engendré les ventes. Durant la crise, les détenteurs étrangers, principalement des investisseurs passifs, avaient divisé leurs positions par deux, avec plus de la moitié du mouvement effectué 9 mois avant l’exclusion officielle de l’indice. Dans le cas de l’Italie, Bloomberg estime qu’un scénario similaire pourrait entraîner jusqu’à 350 milliards d’euros de ventes de BTP de la part d’investisseurs non-résidents. S&P pronostique un déficit budgétaire et un ratio dette/PIB de 6,3% et de 153% cette année.

Ces prévisions sont même considérées optimistes comparé à celles du FMI qui table sur 12,7% et 166%. Elles inquiètent d’autant plus que les perspectives de l’agence sur l’Italie sont négatives depuis près de deux ans, ce qui laisse supposer qu’une décision est proche. En outre, la récente perspective négative sur l’Espagne pourrait signaler une volonté d’alignement sur les notes de Fitch et Moody’s. S&P déclarait d’ailleurs en avril dernier que «faute d’amélioration de l’endettement, une dégradation de la note suivrait».

Moody’s et Fitch procéderont à leur revue les 6 novembre et 4 décembre. Fitch a averti que, suite aux conséquences de la pandémie, les souverains notés en zone BBB risquent de multiples dégradations en 2020. Le tableau parait bien sombre. Pourtant, la prime de risque des BTP contre Bunds se comporte plutôt bien pour un pays dont la viabilité de la dette est souvent questionnée. A 138pb (25.09), elle est inférieure à sa moyenne de 177pb sur 5 ans.  

Alors que conclure? Les agences s’inquiètent mais le marché semble exclure un scénario de retour à la crise des souverains pour l’Italie. L’amorce de mutualisation de la dette est une très bonne nouvelle. L’issue des dernières élections favorise la stabilité politique. Mais par-dessus tout, la faiblesse des rendements actuels et les achats de la BCE demeurent les éléments salvateurs. Qui sait, et si S&P ne dégradait pas l’Italie?

*Analyste obligations, Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



...