Morne plaine obligataire et sommets boursiers

lundi, 03.09.2018

Obligataire. L’optimisme reflété par les actions qui culminent tranche avec l’inertie persistante des obligations.

François Christen*

Les marchés obligataires ont connu une semaine morne et sans relief. La structure des taux d’intérêt en dollars US est figée, à trois semaines d’une réunion du FOMC qui devait se solder par un relèvement du taux des «Fed funds» entre 2% et 2.25%. Le rendement du T-Note US à dix ans a continué à évoluer dans une fourchette étroite, entre 2.83% et 2.90%, au gré d’une actualité qui confirme généralement la vigueur de l’économie américaine.

La croissance du PIB au deuxième trimestre a fait l’objet d’une modeste révision à la hausse, de 4.1% à 4.2%, grâce à des dépenses d’investissement plus fermes que précédemment estimées. Cette réévaluation du PIB s’accompagne d’une estimation des profits agrégés, en hausse de 2.4% par rapport au premier trimestre et de 16.1% en glissement annuel – un bond qui résulte dans une large mesure de la baisse du taux d’imposition des bénéfices de 35% à 21%.

Au rang des nouvelles apportant un éclairage sur le troisième trimestre, on constate une amélioration marquée de la confiance des consommateurs selon la dernière enquête menée par le Conference Board (133.4 en août après 127.9 en juillet). Fortement corrélée avec l’état du marché du travail, cette enquête annonce une évolution favorable de l’emploi en août (publication vendredi, 190.000 créations de postes attendues, conduisant le taux de chômage à 3.8%).

L’enquête publiée par l’Université de Michigan traduit en revanche une dégradation de la confiance le mois passé (96.2 après 97.9) et un redressement graduel des anticipations d’inflation (3.0% à une année d’horizon, 2.6% à 5 ans) qui devrait conforter la Réserve Fédérale dans sa volonté de resserrer progressivement les conditions monétaires. Par ailleurs, la progression de l’indice de prix des dépenses de consommation hors énergie et consommation a atteint 2.0% en août, soit un rythme rigoureusement conforme aux visées de la Fed, mais qui n’avait plus été observé depuis 2012.

Le Canada oppose une résistance plus farouche

La question commerciale a occupé les devants de la scène, avec l’annonce d’un accord entre les USA et le Mexique dans le cadre du NAFTA. Le Canada oppose toutefois une résistance plus farouche, à tel point que Donald Trump semble prêt à exclure son voisin du nord s’il ne cède pas à ses exigences. En acceptant les demandes des USA, le Mexique avale une pilule amère, mais s’évite un conflit dévastateur tout en préservant un accès, sous certaines conditions, au marché américain. L’accord révisé, qui concerne notamment l’industrie automobile, entravera les délocalisations vers le Mexique et préservera des emplois aux USA tout en augmentant les prix de vente, au détriment des consommateurs.

Pour l’heure, les tensions commerciales affectent les obligations par ricochet, par le biais du marché des actions qui salue les phases d’apaisement ou s’alarme face aux provocations de Donald Trump. La perspective d’une renégociation limitée du NAFTA, saluée à Wall Street, tend ainsi à fragiliser les emprunts du Trésor. L’accord passé avec le Mexique est toutefois loin de constituer l’épilogue des tensions commerciales attisées par la Maison Blanche avec le Canada, l’UE et la Chine. Outre le contentieux commercial, le problème «émergent» reste menaçant, même si la Turquie semble provisoirement reléguée à l’arrière-plan et si les affres de l’Argentine sont jugées spécifiques à ce pays abonné aux crises monétaires.

En Europe, la structure des taux d’intérêt en euros reste sous pression. Le rendement du «Bund» allemand à dix ans d’échéance a reflué de quelques points de base pour s’établir tout près de 0.3%, alors que les primes de risque infligées à l’Italie se sont légèrement creusées la semaine passée.

L’actualité conjoncturelle est mitigée. Alors que le climat des affaires s’est amélioré en Allemagne (indice IFO à 103.8 en août après 101.7 en juillet), l’enquête de la Commission Européenne fait état d’une légère dégradation à l’échelon agrégé (1.22 après 1.30). Ce refroidissement est corroboré par le déclin de l’indice de confiance composite de 112.1 en juillet à 111.6 en août et par le recul du PMI manufacturier (54.6 préliminaire en août après 55.1 en juillet). Le taux de chômage à l’échelle de la zone euro est stable, à 8.2%. De grands écarts subsistent entre le taux de 5.2% observé en Allemagne et celui de 10.4% qui sévit en Italie.

Attentisme justifié

Sur le front de l’inflation, on relève un ralentissement peu significatif en août (2.0% en glissement annuel contre 2.1% en juillet). Egalement en repli, le renchérissement «sous-jacent» (1% après 1.1%) demeure sensiblement inférieur aux visées de la BCE. L’attentisme de la BCE est donc toujours justifié par le comportement de l’inflation et par une constellation de risques susceptibles de remettre en question l’optimisme des investisseurs qui plébiscitent actuellement les actions.

En Suisse, les enquêtes conjoncturelles envoient des signaux contradictoires. Le repli de l’indicateur avancé du KOF annonce une modération de la croissance à un rythme proche de la moyenne de la dernière décennie, soit environ 1.5%. L’augmentation du PMI à 64.8 reflète cependant un renforcement de la marche des affaires, alors que le commerce de détail stagne toujours. L’appréciation du franc face au dollar et à l’euro apporte de l’eau au moulin d’une BNS résolument attentiste. La structure des taux d’intérêt en francs suisse semble vouée à rester longtemps sous pression.

*Dynagest SA à Genève






 
 

AGEFI



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