Le «market mover» en chef a encore frappé

lundi, 06.01.2020

Obligataire. L’intervention belliqueuse de Donald Trump abrège le rallye des actions au profit des obligations.

François Christen*

Après un exercice 2019 exceptionnel, marqué par une progression généralisée de toutes les catégories d’actifs, la nouvelle année a débuté par une déflagration géopolitique qui ébranle les actifs risqués et provoque un rebond des valeurs-refuges telles que l’or et les emprunts gouvernementaux. L’élimination pure et simple du Général Soleimani constitue une escalade majeure dans les tensions qui opposent les USA à l’Iran. La probabilité d’assister à un véritable conflit militaire a significativement augmenté et on peut craindre un embrasement du Moyen Orient au gré des représailles promises par la «République islamique».

Les marchés ne cède pas à la panique

Ebranlés, les marchés financiers n’ont toutefois pas cédé à la panique. En accord avec Donald Trump, les investisseurs doutent de la capacité et de la volonté de l’Iran à répliquer et feignent de croire que le monde est plus sûr sans le stratège Soleimani… Cette vision est peut-être sensée à court-terme, mais elle sous-estime probablement les effets délétères de l’interventionnisme des USA au Moyen Orient. L’anéantissement des efforts diplomatiques réalisés par l’administration Obama et les Européens implique une logique de guerre qui pourrait avoir de graves répercussions sur les marchés si le Moyen Orient devait s’embraser.
La placidité des marchés face à la crise iranienne trouve une explication dans l’apaisement sur le front de la guerre commerciale et des nouvelles réjouissantes en provenance de Chine. Sans les troubles au Moyen-Orient, la perspective imminente d’un accord partiel (Donald Trump a évoqué une signature le 15 janvier) et des nouvelles mesures de relance monétaire annoncée par la banque centrale chinoise nous auraient valu un début d’année euphorique, à l’image de la session du 2 janvier.

Le rendement du T-Note US à dix ans retombe

L’actualité conjoncturelle est reléguée au second plan, mais il convient tout de même de la surveiller. Les indicateurs économiques conservent une certaine pertinence, en particulier si les marchés persistent à minimiser les conséquences géopolitiques de la frappe américaine. Parmi les statistiques publiées durant la quinzaine écoulée, on relève notamment un déclin inattendu de l’indice ISM consacré au secteur manufacturier, de 48.1 en novembre à 47.2 en décembre (alors que le «consensus» espérait un redressement à 49). L’érosion de la confiance des consommateurs (126.5 après 126.8) n’est guère significative, mais infirme une embellie pour 2020.
Combinée aux troubles géopolitiques, les indicateurs tièdes ont favorisé une détente assez marquée de la structure des taux d’intérêt en dollars US. Le rendement du «T-Note US» à dix ans est ainsi retombé à 1.78 % après avoir terminé l’année 2019 à 1.92 %. Malgré un climat «risk off», les primes de risque de crédit restent près des niveaux peu attrayants atteints en fin d’année. Très bien orienté en décembre, le segment des emprunts d’entreprises «High Yield» a finalement devancé le segment «Investment Grade» qui s’est lui aussi bien comporté en 2019.

Italie malmenée et retour en grâce de la Grèce

En Europe, comme aux USA, les facteurs géopolitiques maintiennent les rendements sous pression: celui du «Bund» allemand à dix ans est brutalement retombé de -0.20% à -0.29%. Parmi les souverains dits «périphériques», seule l’Italie est malmenée en raison de la fragilité du gouvernement de coalition et d’un possible retour aux affaires de Matteo Salvini. La dette grecque s’est très bien comportée en 2019, à tel point que la Grèce pourrait prochainement accéder à des conditions de financement plus favorables que l’Italie.
L’actualité économique de la zone euro est mitigée: les PMIs manufacturiers ont cédé un peu de terrain en décembre (46.3 après 46.9), en dépit d’une révision à la hausse par rapport à l’estimation préliminaire. Les nouvelles sont plus réjouissantes du côté des services, où les PMIs font état d’une légère embellie (52.8 après 51.9). Ces chiffres reflètent globalement une expansion peu dynamique et non inflationniste. A défaut d’être enthousiasmants, ils sont compatibles avec le scénario de lente reprise alimentée par une stabilisation du commerce international en 2020.
Au Royaume-Uni, le rendement du «Gilt» à dix ans est retombé à 0.75 %, effaçant une partie des tensions de décembre. Les derniers PMIs (47.5 pour le secteur manufacturier; 50 quant aux services) reflètent une croissance morne, mais la dissipation des risques de «Brexit» sans accord alimente l’espoir d’une lente reprise en 2020.

Croissance suisse renforcée en 2020

En Suisse, le baromètre conjoncturel du KOF s’est redressé en décembre (96.4 en décembre après 92.6 en novembre) et s’établit ainsi au même niveau qu’à fin 2018. Cette jauge reste inférieure à sa moyenne à long terme, mais elle semble annoncer un renforcement de la croissance en 2020. Cette timide amélioration des perspectives semble toutefois insuffisante pour justifier un changement de cap de la BNS alors que le franc reste très ferme, aussi bien face à l’euro que face au dollar US. Ayant chuté à -0.6 %, le rendement des emprunts de la Confédération à dix ans semble voué à rester encore longtemps négatif, même si une correction n’est pas exclue à une année d’horizon.

* Banque Profil de Gestion à Genève






 
 

AGEFI




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