L’euphorie boursière, victime du nouveau virus asiatique

lundi, 27.01.2020

Obligataire. L’intérêt pour les obligations de première qualité est ravivé par l’incertitude sanitaire.

François Christen*

Le risque sanitaire est une circonstance que les marchés financiers n’ont pas l’habitude d’appréhender et face auquel les «experts» de tous poils sont démunis. Après trois semaines d’euphorie, un coronavirus venu de nulle part provoque un changement de régime brutal, de «risk on» à «risk off», qui a brisé l’élan de Wall Street et des autres places boursières.

Dans ce contexte tourmenté, les obligations gouvernementales font valoir leur qualité de valeur-refuge et enregistrent des gains tangibles. Le rendement du «T-Note US» à dix ans a ainsi cédé 21 points de base pour s’établir aux environs de 1.6%. Le reflux du T-Note à deux ans suggère que la Fed pourrait être amenée à réduire son taux d’intérêt directeur pour répondre à un ralentissement résultant des conséquences de la crise sanitaire.

Alors que le virus apparu en Chine défraye la chronique, l’actualité économique est assez pauvre. Le déclin de 0.3% de l’indicateur composite avancé du Conference Board confirme, si besoin est, que l’économie américaine n’est pas en état de surchauffe. Les PMIs préliminaires (51,7 après 52,4 pour le secteur manufacturier; 53,2 après 52,8 quant aux services) mettent aussi en lumière une conjoncture tiède, principalement entraînée par les services. Le menu de la semaine qui débute s’annonce plus copieux: le FOMC tiendra mardi et mercredi sa première réunion de l’année (statu quo escompté) et la première estimation de la croissance du PIB au quatrième trimestre 2019 sera dévoilée jeudi.

Le régime «risk off» s’est aussi manifesté sur le marché du crédit, où on observe un creusement des «spreads» associés aux obligations d’entreprises.

Logiquement, les emprunts de la catégorie «High Yield» sont le plus affectés, alors que les emprunts au bénéfice des meilleurs «ratings» bénéficient amplement de la décrue des taux d’intérêt «sans risque». L’épicentre asiatique de cette nouvelle épidémie implique une correction plus sévère des émissions émergentes, davantage exposées à la demande et à la chaîne d’approvisionnement transitant par la Chine.

En Europe, les risques de pandémie ont aussi généré un mouvement de repli vers les actifs les plus sûrs. Le rendement du «Bund» allemand à dix ans a chuté d’une douzaine de points de base pour s’établir à -0,39%. L’issue d’une élection régionale en Italie, défavorable à la Ligue du Matteo Salvini, a provoqué un déclin encore plus marqué des rendements des «BTP» italiens, conduisant le «spread» entre l’Allemagne et l’Italie aux environs de 1,4 point de pourcentage à dix ans d’échéance.

L’actualité conjoncturelle de la zone euro est confuse. En Allemagne, le redressement de l’indice ZEW (26,7 en janvier après 10,7 en décembre) traduit un regain d’optimisme chez les analystes et investisseurs professionnels, alors que l’indice du climat des affaires dévoilé par l’IFO (95,9 après 96,3), issu d’une enquête conduite auprès des entreprises, fait état d’une dégradation qui infirme l’optimisme des financiers. Les PMIs préliminaires traduisent une légère embellie sur le secteur manufacturier (47,8 après 46,3, toujours en phase de contraction), mais un tassement du côté des services (52,2 après 52,8, en lente expansion).

La réunion de Conseil des gouverneurs n’a débouché sur aucune décision et annonce marquante. Sans surprise, la BCE maintient un cap stimulant et laisse entendre que la remise en question des taux d’intérêt négatifs n’est pas à l’ordre du jour en raison d’un contexte peu inflationniste et de l’asymétrie des risques planant sur la croissance. A cet égard, Donald Trump et la Présidente de la Commission Européenne ont affiché à Davos une volonté commune de négocier pour éviter une escalade protectionniste.

Hors zone euro, les emprunts du Trésor britannique présentent des gains plus modestes que leurs homologues en dollars et en euros en raison du rebond de plusieurs indicateurs d’activité tels que les PMIs (49,8 en janvier après 47,5 en février pour le secteur manufacturier; 52,9 après 50 pour les services). Ce constat, imputable à la décrue de l’incertitude liée au Brexit, pourrait conduire le Comité de Politique Monétaire de la Banque d’Angleterre à maintenir le taux d’intérêt de base à 0,75% en attendant de mieux cerner l’évolution de la croissance et de l’inflation au cours des prochains mois. Près d’un tiers des observateurs prédisent toutefois un geste de relance de la banque centrale.

En Suisse, les taux d’intérêt affichent un déclin amplifié par le renforcement du franc et le repli vers les actifs obligataires les plus sûrs. Le rendement des emprunts de la Confédération à dix ans est retombé à -0,77% alors qu’il s’élevait à -0,46% à fin 2019! La marge de manœuvre de la BNS semble amoindrie depuis que les USA ont placé la Suisse dans leur «watchlist» des pays susceptibles de manipuler leur monnaie. L’avertissement américain devrait inciter la BNS à tolérer un franc plus fort avant de recourir à des interventions et à s’abstenir de réduire davantage son taux d’intérêt directeur.

* Banque Profil de Gestion à Genève






 
 

AGEFI




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