Accès de fièvre ponctuel ou crise mondiale?

lundi, 24.02.2020

Obligataire. L’espoir d’un retour à la normale est invalidé par l’inquiétante propagation du coronavirus.

François Christen*

Les tribulations du Covid-19 exercent une influence majeure sur les marchés financiers qui ont renoué avec un mode «risk off» en réponse à l’émergence de nouveaux foyers d’infection au-delà de la Chine. La multiplication des cas et l’instauration de régimes de quarantaine en Italie, en Corée du Sud et en Iran invitent à reconsidérer les conséquences potentielles d’une crise sanitaire qui a brisé l’élan «haussier» des actifs risqués.

Dans un contexte tourmenté, les valeurs-refuge tirent leur épingle du jeu. L’or, notamment, est plébiscité. Les obligations gouvernementales enregistrent des gains substantiels aux Etats-Unis où la structure des taux d’intérêt en dollars US préfigure une probable réduction du taux d’intérêt des «Fed funds». Le rendement du «T-Note» à dix ans est tombé à 1.38 %, tandis que le rendement du «Long Bond» a établi un nouveau record historique à la baisse en sombrant à 1.83 %.

Le rôle central de la Chine dans la chaîne d’approvisionnement globale est telle que les projections de croissance optimistes pour 2020 sont sérieusement remises en question par les mesures de quarantaine prises pour endiguer l’épidémie. Dans le meilleur des cas, la croissance mondiale sera significativement amputée au premier trimestre, avant un hypothétique rebond quand la propagation du coronavirus sera stoppée. A cet égard, l’actualité n’est guère rassurante en raison de l’émergence de nouveaux foyers régionaux.

Malgré de fortes turbulences, les marchés financiers et de nombreux décideurs continuent à miser sur un retour à la normale assez rapide, conformément au schéma observé lors des précédentes crises sanitaires (SRAS, grippes aviaire et porcine). La baisse du taux d’infection observée en Chine au cours des derniers jours pointe dans cette direction, mais il semble hasardeux de miser agressivement sur un rebond des actions alors que ces dernières n’ont pas tellement souffert jusqu’ici. Une posture attentiste, légèrement défensive, reste appropriée en attendant de mieux cerner l’évolution de l’épidémie.

Occultés par la menace du coronavirus, les indicateurs économiques mettent en lumière une dégradation de la marche des affaires aux USA. En première estimation, les PMI «flashs» de Markit ont fléchi en février (50.8 après 51.9 en janvier pour le secteur manufacturier, 49.4 après 53.4 quant aux services). Il est possible que la chute marquée de la jauge consacrée aux services présente un caractère émotionnel, en lien avec l’écho médiatique de l’épidémie. Les autres statistiques sont assez souriantes: on observe un renforcement de l’activité manufacturière dans les régions de Philadelphie et de New York, tandis que l’indicateur composite avancé du Conference Board (en hausse de 0.8 % en janvier) annonce une embellie qui pourrait être remise en question par l’actualité récente.

Un autre fait non-économique mérite d’être relevé: Bernie Sanders semble avoir pris une option sur la victoire aux primaires démocrates. Dans l’attente du Super Tuesday (le 3 mars), le candidat le plus profilé à gauche a le vent en poupe. Joe Biden et Elisabeth Warren sont distancés, tandis que Michael Bloomberg a raté son entrée en scène après avoir déçu lors de sa première participation à un débat télévisé. De nombreux observateurs estiment que Bernie Sanders est trop «progressiste» pour s’imposer dans un pays qui abhorre le socialisme. Cette opinion constitue le scénario central à Wall Street, elle est étayée par certains sondages récents, mais une surprise ne peut pas être écartée comme en témoigne le scénario de 2016.

En Europe, les emprunts en euros présentent des rendements en baisse, à l’exception de l’Italie où on observe un élargissement des «spreads» lié à la surprenante émergence d’un foyer d’infection dans le nord de pays (soit la région la plus industrialisée). Le rendement du «Bund» allemand à dix ans a cédé 8 points de base pour s’établir à -0.48 %.

L’actualité conjoncturelle est assez réjouissante, car les PMIs affichent un redressement tant dans le secteur manufacturier (49.1 préliminaire en février après 47.9 en janvier) que dans celui des services (où le gain est marginal: 52.8 après 52.5). L’inertie du climat des affaires en Allemagne relaté par l’indice IFO (96.1 en février après 96 en janvier) infirme la chute de l’indice ZEW, plus émotionnel (8.7 après 26.7). La confiance des consommateurs s’est améliorée (-6.6 préliminaire en février après -8.1 en janvier), mais l’enquête n’intègre pas les derniers développements sanitaires en Europe.

Au Royaume-Uni, les bonnes nouvelles économiques (redressement des PMIs en février, rebond des ventes au détail en janvier) ont été partiellement éclipsées par les risques associés au Covid-19. Le rendement du «Gilt» à dix ans a légèrement fléchi, de -0.50 à -0.54 %. On observe aussi une légère détente des rendements en francs suisses (-0.81 % pour la «Conf» à dix ans), imputable au mouvement de repli vers les actifs les plus sûrs.

*Banque Profil de Gestion à Genève






 
 

AGEFI



...