Ce «Fed put» qui inhibe la vigilance des marchés

lundi, 02.12.2019

Obligataire. Les obligations sont sous pression alors que les actions établissent de nouveaux records.

François Christen*

Dans un contexte plutôt favorable aux actifs plus risqués (jusqu’à vendredi), les obligations d’Etats ont cédé un peu de terrain la semaine passée. Le rendement du «T-note US» à dix ans s’est redressé de 6 points de base pour s’établir à 1,84%. Les investisseurs affichent un fort appétit pour les actions, conduisant les indices américains vers de nouveaux sommets historiques, tandis que la plupart des banques dévoilent des scénarios optimistes pour 2020. En contraste avec l’an passé, les perspectives monétaires sont lisibles et bien acceptées par les investisseurs qui attendent sereinement la prochaine réunion du FOMC qui se conclura certainement par un statu quo.

L’actualité conjoncturelle aux Etats-Unis est toutefois mitigée. La confiance des consommateurs jaugée par l’indice du Conference Board s’est légèrement dégradée (125,5 en novembre après 126,1 en octobre) car les conditions présentes sont jugées moins bonnes (166,9 après 173,5). En baisse de 48,3 à 48,1, l’indice ISM manufacturier affiche un recul peu significatif, mais difficile à réconcilier avec l’optimisme des investisseurs en novembre. Le rapport de l’emploi attendu vendredi permettra d’affiner le diagnostic. A priori, il devrait mettre en lumière une expansion modérée, suffisante pour maintenir le taux de chômage à un niveau réduit.

Malgré des revenus stagnants, les ménages ont accru leurs dépenses de 0,3% en octobre, avec pour corollaire un déclin du taux d’épargne de 8,1% à 7,8% – un niveau qui demeure raisonnable, loin des exagérations de la fin des années 90. L’indice des prix liés aux dépenses de consommation affiche une progression annuelle inchangée, de 1,3%, nettement inférieure à l’objectif symétrique de 2% visé par la Fed. Ce constat suggère que la banque centrale n’est pas près de relever les taux d’intérêt, car Jerome Powell vient d’évoquer une accélération «significative» et «persistante» de l’inflation comme précondition à un resserrement. Ce scénario ne devrait pas se matérialiser avant longtemps. Au contraire, la Fed semble plus proche d’un nouvel assouplissement qui pourrait survenir en 2020 et cette assurance – ce «Fed put» – semble inhiber la vigilance des investisseurs.

Une légère amélioration

L’optimisme ambiant est alimenté par des développements encourageants en Chine, où les PMIs manufacturiers font état d’une légère reprise de l’activité (50,2 après 49,3 selon la source officielle, 51,8 après 51,7 selon Caixin). En Europe, l’indice composite de confiance de la Commission traduit une légère amélioration (101,3 en novembre après 100,8 en octobre), mais on observe une dégradation marginale du climat des affaires (-0,23 après -0,20). Le PMI manufacturier reflète une embellie de la marche des affaires en novembre (46,9 après 45,9 à l’échelle de la zone euro), mais reste loin du seuil de 50 délimitant contraction et expansion. 

Bien que timides, ces symptômes de stabilisation pourraient préluder à une reprise plus robuste en 2020. Tel est du moins le message des nombreux stratèges qui dévoilent actuellement leurs prévisions annuelles. En matière d’inflation, les estimations préliminaires font état d’une légère accélération en novembre (1% après 0,7%), mais le renchérissement reste nettement en-dessous de l’objectif visé par la BCE.

Dans ce contexte «risk on», les emprunts du gouvernement allemand présentent des rendements en hausse: celui du «Bund» à dix est repassé en-dessus de -0,3% pour s’établir à 

-0,28%. Les BTP italiens sont un peu malmenés en raison d’un équilibre politique précaire qui laisse craindre un retour en force de Matteo Salvini après de nouvelles élections.

De faibles tensions

Au Royaume-Uni, les Conservateurs de Boris Johnson font la course en tête dans les sondages. Un «Brexit» selon les modalités négociées en octobre est probable, ce qui devrait favoriser un renforcement de la croissance. Les taux d’intérêt en livres sterling sont soumis à tensions modérées. En Suisse, les obligations en franc se distinguent par des rendements à peu près stables alors que la croissance du PIB s’est raffermie au troisième trimestre (0,4% par rapport au T2, 1,1% en glissement annuel). Le rebond de l’investissement et la progression soutenue des exportations explique ce sursaut qui pourrait se révéler éphémère si l’on se fie à l’indicateur avancé du KOF (93 en novembre après 94,8 en octobre).

En toile de fond géo-politique, la problématique commerciale est irrésolue. L’accord partiel entre les Etats-Unis et la Chine n’est toujours pas scellé, et Donald Trump vient d’ouvrir un nouveau (petit) front en annonçant lundi une taxe frappant l’acier et l’aluminium produit en Argentine et au Brésil, deux pays «coupables» d’avoir laissé leur monnaie se déprécier face au dollar.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI




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