Les disparités des pays du Golfe

mardi, 19.05.2020

Obligataire. Les notations varient fortement. De AA pour le Koweït à B+ pour Oman.

Catherine Reichlin*

Catherine Reichlin

La zone euro est-elle la seule à souffrir de disparités et de désaccords? Si l’on prend les pays du Golfe (GCC), la réponse oscille entre oui et non. Ces six pays (Arabie Saoudite, Qatar, Oman, Koweït, EAU, Bahreïn) ont renoncé à une union avec monnaie unique mais ont liés leurs monnaies au dollar (peg). Leurs importantes réserves de changes leur ont permis de défendre ce peg avec succès mais la baisse des prix du pétrole, accrue par la crise actuelle, leur rend la tâche plus difficile. Et tout comme dans la zone euro, ces économies sont disparates, allant de notation élevées pour le Koweït (AA), le Qatar (AA-) et l’Arabie Saoudite (A) à spéculatives pour le Bahreïn (B+) et Oman dont la note a été dégradée à BB- par S&P en mars. La baisse des prix du pétrole entraîne une chute des rentrées financières et augmente les besoins de financement. Le Bahreïn a pourtant réussi à émettre deux nouveaux emprunts pour 2 milliards de dollars (2024, 2030). Des carnets d’ordres de 11 milliards de dollars se comparent aux 4.5 milliards récoltés en septembre 2019 lors du dernier emprunt du royaume.

Le Bahreïn a cette fois dû concéder une prime de 671bp contre le Trésor américain pour son emprunt 2030, alors que sa maturité 2031 ne lui avait coûté que 397bp en septembre. Si le rendement du Trésor américain à 10 ans se situait alors à 1,65% contre 0,64% début mai, l’effet prime de risque a pris le dessus et le taux payé est passé de 5,625% à 7,375%. 

Des emprunts rémunérateurs mais est-ce assez pour prêter au plus faiblement noté de la région? Sans son appartenance au GCC, le Bahreïn aurait dû payer davantage mais il est proche de ses alliés et n’a pas encore utilisé la totalité de leur prêt accordé en 2018: $10,25 milliards pour une maturité de 30 ans à un taux de 0%. Oman, dont les liens avec ses alliés sont moins forts, n’a pas eu recours à un tel prêt. Le pays s’est appuyé sur la dette extérieure pour financer son déficit. Alors qu’il en a plus que jamais besoin, ses coûts de financement ont pris l’ascenseur. Fin mars, la prime sur son emprunt 2029 a dépassé les 1000bp. Il est aujourd’hui offert à 806bp, soit en-dessus de celle du Bahreïn pourtant moins bien noté. 

Le marché reflète l’étroitesse des liens entre les alliés et depuis le début de l’année, selon les indices Bloomberg Barclays GCC, Oman est en queue de peloton (-13,1%), suivi par le Bahreïn (-9,4%), les autres pays étant proches de 0%. Mais si la note du pays n’a été abaissée qu’à BB- par S&P c’est parce que l’agence estime que ses alliés le soutiendraient en cas de pressions sur ses liquidités, à fortiori si cela risquait de mettre le peg en danger. Un avantage pour Oman et sa notation, un avantage et une solidarité financière que bien des pays du sud de l’Europe doivent lui envier.

* Responsable recherche financière, Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



...