Une accalmie précaire dans un contexte explosif

lundi, 20.05.2019

Obligataire. Les marchés persistent à espérer un «happy end» à une discorde géopolitique croissante.

François Christen*

Ebranlés par le rebondissement de la «guerre commerciale» qui oppose les Etats-Unis à la Chine, les marchés financiers ont retrouvé une sérénité fragile malgré l’échec des négociations et l’escalade des tensions entre les deux superpuissances. De nombreux commentateurs ont pris le parti de dédramatiser cette nouvelle passe d’armes présentée comme une étape transitoire dans un processus de négociation censé nous conduire à une issue harmonieuse régénérant le commerce international.

Wall Street et ses épigones persistent à miser sur un scénario optimiste, en saluant au passage la décision américaine de reporter de six mois une éventuelle taxation des automobiles importées d’Europe et du Japon (sous le fallacieux prétexte de sécurité nationale). La situation pourrait toutefois dégénérer si les Etats-Unis mettent à exécution leur projet d’élargir l’assiette des biens taxés de 200 à 500 milliards de dollars. Ce geste aurait des conséquences dramatiques et il est hasardeux de l’écarter avec une probabilité de 100% au nom de l’intérêt mutuel et rationnel des deux parties à s’entendre. 

Actualité conjoncturelle globalement mitigée

Dans ce contexte explosif, exacerbé par la mise au ban de l’entreprise Huawei, la structure des taux d’intérêt en dollars US est restée approximativement stable au cours de la semaine écoulée. Le rendement du «T-Note» à dix ans est presque inchangé à 2,39%. Le rendement du «T-Note» à deux ans s’établit à 2,2%, un niveau qui intègre un «biais» peu prononcé vers une réduction des taux d’intérêt contrôlés par la Réserve fédérale.

L’actualité conjoncturelle est globalement mitigée, mais assez souriante aux Etats-Unis. Le léger repli de des ventes au détail observé en avril succède à un fort accroissement en mars (-0,2% après 1,7%); la progression des ventes de 5% en glissement annuel reflète une consommation des ménages robuste et vouée à le rester si l’on se fie à l’indice de confiance des consommateurs de l’Université de Michigan (102,4 en mai après 97,2 en avril). 

Le recul de la production industrielle en avril (-0,5% mensuel, 0,9% en glissement annuel) est contrebalancé par le redressement, en mai, des indices régionaux à New York et Philadelphie. L’indice NAHB traduit par ailleurs une amélioration des conditions sur le marché de l’immobilier, en lien avec le reflux des taux hypothécaires. En hausse de 111,9 en mars à 112,1 en avril, l’indicateur avancé composite du Conference Board demeure bien orienté.

En bref, les indicateurs publiés aux Etats-Unis devraient conforter la Réserve fédérale dans sa posture attentiste. Les symptômes de faiblesse paraissent trop diffus pour justifier l’assouplissement monétaire que Donald Trump réclame en multipliant, semaine après semaine, les «tweets» à l’encontre de Jerome Powell et d’un FOMC jugés timorés.

Refroidissement du commerce international

Hors des Etats-Unis, les développements internationaux sont moins réjouissants, notamment en Chine où l’on observe un ralentissement marqué des ventes au détail (7,2% en glissement annuel en avril contre 8,7% un mois auparavant) et de la production industrielle (5,4% contre 8,5%). Certes, les facteurs saisonniers ont accentué ces variations, mais cette évolution invite à relativiser la bonne performance de l’économie chinoise durant le premier trimestre. Ces mauvaises nouvelles et l’offensive protectionniste de Donald Trump devraient inciter les autorités à accentuer les efforts de relance monétaire et budgétaire. Cela étant, le refroidissement du commerce international semble voué à se prolonger et à se répercuter sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement qui transite par la Chine, laquelle comporte de nombreux fournisseurs basés en Asie, y compris le Japon.

Expansion tiède

A l’arrière-plan, l’Europe poursuit une expansion tiède, entravée par la faiblesse persistante du secteur manufacturier. La production industrielle agrégée de la zone euro a fléchi en avril (0,3% mensuel, -0,6% en glissement annuel) et aucun rebond tangible ne se profile à l’horizon. Le recul de l’indice ZEW de 3,1 en avril à -2,1 en mai traduit une faiblesse persistante de l’économie allemande. Dans un tel contexte, la structure des taux d’intérêt en euros demeure sous pression et le rendement du «Bund» à dix ans a reflué à -0,1%.

Les rendements en livres sterling et en francs suisses sont également sous pression. Au Royaume-Uni, les négociations conduites par Theresa May et les Travaillistes ont échoué ce qui fragilise encore un peu la position de la première ministre qui pourrait être contrainte à la démission après les élections européennes. A six mois de l’échéance, les voies du «Brexit» sont toujours aussi impénétrables... et il est permis de spéculer sur un nouveau report de la date du divorce, n’en déplaise à Emmanuel Macron.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI



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