Les festivités se prolongent, l’insouciance menace...

lundi, 08.04.2019

Obligataire. Les investisseurs ignorent les mauvaises nouvelles et misent gros sur la bienveillance de la Fed.

François Christen*

Le revirement de la Réserve fédérale continue à déployer ses effets euphorisants sur les actifs risqués, bien orientés la semaine passée et plus très loin de dépasser les sommets atteints en 2018. Dans ce contexte «risk on», les obligations gouvernementales offrant les meilleures garanties ont cédé un peu de terrain tandis que les primes de risque de crédit associées aux obligations d’entreprises ont continué à fléchir.

Aux Etats-Unis, le rendement du «T-Note» à dix ans s’est redressé de quelques points de base pour s’établir à 2,5%. Les indicateurs conjoncturels publiés la semaine passée n’ont guère troublé la sérénité des investisseurs qui escomptent un statu quo monétaire durable et la perspective d’une modeste réduction des taux d’intérêt à moyen terme. Le redressement de l’embauche nette (196.000 postes créés en mars) s’inscrit entre les «aberrations» des mois précédents (312.000 en janvier et 33.000 en février). Le taux de chômage est inchangé à 3,8%, tandis que le taux de participation au marché du travail a fléchi à 63%. La progression du salaire horaire moyen a légèrement ralenti, de 3,4% à 3,2% en glissement annuel, ce qui renforce la légitimité de la posture attentiste de la Réserve Fédérale.

Les enquêtes de l’ISM mettent en lumière un climat des affaires favorable, malgré le repli significatif de l’indice consacré aux secteurs non manufacturiers (56,1 après 59,1). L’érosion des commandes de biens durables (-0,1% mensuel, 1,9% en glissement annuel pour les biens d’équipement hors défense et aéronautique) et le recul des ventes au détail (respectivement -0,2% et 2,2%) corroborent le diagnostic de modération conjoncturelle. 

Ni trop froide ni trop chaude

Pour le moment, l’économie américaine n’est ni trop froide, ni trop chaude, mais dans cet état «Goldilocks» qui enchante Wall Street. Donald Trump et son conseiller économique Lawrence Kudlow estiment cependant que la Fed s’est lourdement fourvoyée en décembre et ils souhaitent une baisse immédiate du taux des «Fed funds» de 0,5% et un renversement des mesures quantitatives qui influent sur la taille du bilan de la Fed. Parallèlement, Donald Trump propose deux candidats controversés, Stephen Moore et Herman Cain, à la nomination au FOMC. Lorgnant vers les élections de 2020, le Républicain est désormais un adepte des mesures d’assouplissement qu’il persiflait quand elles servaient les intérêts de Barack Obama.

Il est vrai que le revirement du  FOMC, quinze jours après avoir relevé le taux d’intérêt des Fed funds et prévu deux relèvements de taux supplémentaires en 2019, a finalement validé les critiques émises par Donald Trump. Dans cette logique, on peut se demander si la Fed finira par céder aux nouvelles revendications du Président. Ce scénario reste toutefois improbable, du moins aussi longtemps que les marchés financiers continueront à «surfer» sur la vague d’optimisme qui les porte depuis le début de l’année.

Décrue des «spreads»

En Europe, les emprunts du gouvernement allemand présentent des rendements en légère augmentation. Le rendement du «Bund» à dix ans reste néanmoins négatif. Les «BTP» du gouvernement italien bénéficient en revanche d’une décrue des «spreads», alors que le gouvernement s’apprête à réviser à la baisse ses projections de croissance pour 2019 à 0,1% selon des sources officieuses.

L’actualité économique n’est guère réjouissante, notamment en Allemagne où les commandes à l’industrie affichent un recul sévère en février (-4,2% mensuel, -8,4% en glissement annuel). En hausse à 53,3, le PMI consacré aux services fait toutefois état d’un renforcement de la marche des affaires, en contraste avec la faiblesse persistante du secteur manufacturier où le PMI de 47,5 est symptomatique d’une contraction de l’activité. Le Conseil des gouverneurs tiendra cette semaine une réunion dont il ne faut pas attendre grand-chose, car la BCE a déjà annoncé des mesures de relance en mars (TLTRO et extension du statu quo en matière de taux d’intérêt). 

Un nouveau report?

Au Royaume-Uni, il est «minuit moins une» avant un «no deal Brexit» le 12 avril si l’accord négocié avec l’UE n’est pas ratifié. La concertation entre May et Corbyn permettra-t-elle de former une majorité? Faut-il espérer un nouveau report, à plus long terme? Les réponses les plus probables sont respectivement non et oui. Le redressement des rendements en livres sterling suggère que le marché des capitaux ne mise pas sur un scénario catastrophe conduisant à une récession au Royaume-Uni.

En Suisse, les emprunts de la Confédération ont aussi cédé une partie des gains accumulés au cours des dernières semaines. Le rendement à dix ans est remonté aux environs de -0,3% dans un environnement conjoncturel tiède et faiblement inflationniste (0,7% en glissement annuel en mars, 0,5% hors énergie et alimentation).

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI



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