Ces tensions qui assombrissent l’horizon

lundi, 17.09.2018

Obligataire. Les dissensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis ternissent un tableau conjoncturel globalement réjouissant.

David Duran*

Aux Etats-Unis, plusieurs indicateurs macroéconomiques de premier plan ont été publiés la semaine dernière. Dans l’ensemble, ils suggèrent que l’économie de l’oncle Sam s’est à nouveau montrée solide ce trimestre. Une ombre au tableau subsiste néanmoins: les tensions commerciales avec la Chine, régulièrement attisées par la Maison Blanche.

Jeudi dernier, le gouvernement américain semblait tendre la main aux dirigeants chinois en les invitant à des pourparlers commerciaux à fin septembre. Curieusement, quelques jours plus tard on apprenait que le Président Donald Trump était sur le point d’annoncer de nouveaux droits de douane portant sur un total de 200 milliards d’importations chinoises. Or, une intensification de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine aura des répercussions négatives sur la confiance, les marchés financiers et sur l’économie mondiale, y compris l’américaine.

Pour l’heure, les indicateurs américains demeurent bien orientés. Après une hausse marquée en juillet, les ventes au détail n’ont que faiblement progressé en août mais elles présentent toujours une croissance annuelle de l’ordre de 6 %, soit un rythme robuste qui reflète le dynamisme persistant de la consommation privée. Si l’on en croit les enquêtes relatives à la confiance des ménages, les perspectives sont souriantes pour le commerce de détail. En effet, l’indice du sentiment des consommateurs calculé par l’Université du Michigan s’est élevé à 100.8 en septembre, atteignant ainsi le deuxième niveau le plus élevé depuis 2004 après le sommet de 101.4 enregistré en mars dernier.

Du côté du secteur secondaire, la production industrielle a augmenté pour le troisième mois d’affilée en août. La croissance dans le secteur manufacturier s’est également poursuivie, validant les signaux émis par les derniers sondages de l’ISM auprès des directeurs d’achat du secteur. L’indice Empire relatif à l’activité manufacturière dans l’Etat de New-York a certes fléchi en septembre mais il demeure à un niveau reflétant des conditions favorables dans le secteur.

L’inflation annuelle des prix à la consommation a légèrement reflué le mois dernier. Elle a reculé de 2.9 % en juillet à 2.7 % en août. L’indice sous-jacent, qui exclut les éléments les plus volatils, soit l’énergie et l’alimentation, affiche également une baisse de 2.4 % à 2.2 %. Ces niveaux excèdent toujours l’objectif à moyen terme de 2 % visé par la Réserve Fédérale. Toutefois, les gouverneurs de la banque centrale considèrent que ce dépassement est temporaire et ne réclame donc pas un durcissement plus rapide de leur politique monétaire.

Dans cet environnement, les rendements du Trésor américain se sont à nouveau tendus durant la semaine écoulée. Le benchmark à 10 ans d’échéance s’échange désormais aux environs de 3 %, un niveau qui n’a plus été durablement dépassé depuis la mi-mai. Cet été, les Bons du Trésor ont profité des crises de confiance en Argentine et Turquie, de la méfiance à l’encontre du gouvernement italien et des risques d’assister à un Brexit désordonné. Depuis peu, l’absence de véritable contagion sur les marchés émergents, l’assurance de Rome de respecter les règles budgétaires et les propos optimistes du Commissaire Michel Barnier au sujet d’un accord de sortie entre l’UE et le Royaume-Uni ont réduit l’attrait des actifs hors-risque. Il reste tout de même l’insaisissable Donald Trump…

Statu quo monétaire

En Europe, l’actualité économique était marquée par la réunion de la BCE jeudi passé, qui s’est soldée par un statu quo monétaire (taux d’intérêt des opérations principales de refinancement 0 %, facilité de dépôt -0.40 %). La banque centrale a légèrement revu à la baisse ses prévisions de croissance du PIB pour la zone euro à la baisse (2 % et 1.8 % en 2018 et 2019 respectivement contre 2.1 % et 1.9 % auparavant) mais a confirmé ses vues sur l’inflation (1.7 % jusqu’en 2020). Mario Draghi a conforté les attentes en matière de politique monétaire: les achats d’actifs seront réduits au quatrième trimestre 2018 avant l’extinction du programme d’achat au tournant de l’année et les taux directeurs devraient rester inchangés jusqu’à la fin de l’été 2019 au moins.

Outre-Manche, la Banque d’Angleterre a également maintenu son taux directeur inchangé à 0.75 % la semaine dernière. Le comité de politique monétaire a souligné l’incertitude grandissante liée à la prochaine sortie de l’Union Européenne par le Royaume-Uni. Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, aurait prévenu le gouvernement de Theresa May qu’un Brexit désordonné entrainerait notamment une chute de la livre, une hausse de l’inflation et une crise immobilière. Ce scénario du pire contraste avec l’optimisme affiché depuis peu par les négociateurs des deux parties en présence.

Les marchés obligataires européens ont suivi le mouvement de leur pair américain. Les rendements à 10 ans de maturité du Bund allemand et du Gilt britannique se sont tendus de 6 points de base durant la semaine écoulée, alors que le rendement de la Confédération s’est revalorisé de 5 points de base.

*Dynagest SA à Genève






 
 

AGEFI



...