Profits et croissance voués à ralentir aux USA

lundi, 29.10.2018

Obligataire. Les bonnes nouvelles peinent à rassurer des investisseurs qui se projettent vers un avenir assombri. La structure des taux en dollars est globalement sous pression.

François Christen*

Les violentes girations de Wall Street et des autres grandes places boursières ont favorisé un repli vers les obligations gouvernementales. (Keystone)

Les investisseurs observent, à leurs dépens, une curieuse conjonction liant des «fondamentaux» macroéconomiques et industriels réjouissants à des marchés boursiers tourmentés. Les violentes girations de Wall Street et des autres grandes places boursières ont favorisé un repli vers les obligations gouvernementales. En baisse de 8 points de base au terme de la semaine écoulée, le rendement du «T-Note US» à dix ans se rapproche à nouveau de 3,1%. La structure des taux d’intérêt en dollars est globalement sous pression dans un environnement de type «risk off», malgré un flux de bonnes nouvelles économiques et financières.

Au plan macroéconomique, le PIB affiche au troisième trimestre une progression annualisée de 3,5% (3% en glissement annuel par rapport au T3 2018), principalement alimentée par une consommation des ménages très robuste, en hausse de 4% en rythme annualisé. On décèle néanmoins une zone d’ombre du côté des dépenses d’investissement, qui ont légèrement fléchi (-0.3% après 6,4%). La forte baisse des exportations nettes est compensée par un accroissement des inventaires dans la perspective d’une augmentation imminente des taxes douanières.

Climat des affaires favorable

L’érosion des commandes de biens durables en septembre (-0,1% mensuel, 0,9% en glissement annuel) suggère que le ralentissement des dépenses d’investissement observé durant le 3e trimestre pourrait se prolonger. Les PMIs préliminaires dévoilés par Markit continuent cependant à traduire un climat des affaires favorable, tant du côté manufacturier (55,9) que pour les entreprises de services (54,7). Quant à la confiance des ménages, la dernière enquête de l’Université de Michigan fait état d’une dégradation peu significative (98,6 en octobre après 100,1 en septembre).

La saison de publication des résultats trimestriels est généralement satisfaisante. Les profits des entreprises, toujours dopés par une baisse généreuse du taux d’imposition, sont globalement conformes ou supérieurs aux attentes, comme le veut une tradition bien établie. Le malaise provient plutôt de l’évolution des ventes et des projections qui semblent annoncer un ralentissement de la croissance des profits. Les FANNG et autres géants US de la hi-tech sont en première ligne, après des années de croissance exponentielle des affaires.

En bref, l’économie américaine se porte bien, mais elle semble vouée à ralentir après avoir atteint un sommet. A l’interne, la mise en œuvre d’un «policy mix» moins stimulant devrait impliquer un ralentissement de la croissance dès 2019, et plus encore en 2020. Les effets immédiats des baisses d’impôts vont s’estomper régulièrement, alors que la Fed semble bien décidée à maintenir un cap vers la normalisation des conditions monétaires, au grand dam de Donald Trump qui a réitéré ses attaques à l’encontre de Jérôme Powell. Les USA sont aussi exposés à des menaces extérieures, qu’ils ont attisées avec leur politique commerciale et l’altération des flux de capitaux en dollars au détriment des économies émergentes. 

L’Europe, source d’inquiétude

L’Europe, qui n’est pas au mieux de sa forme conjoncturelle et institutionnelle, constitue aussi une source d’inquiétude pour les investisseurs. La plupart des indicateurs récents mettent en lumière un refroidissement de l’activité. Les PMIs publiés par Markit ont à nouveau fléchi (52,1 en octobre après 53,2 en septembre) pour s’établir de plus en plus près de 50, niveau synonyme de stagnation. L’indice IFO du climat des affaires en Allemagne est aussi en repli, de 103,7 à 102,8, mais reste à un niveau assez élevé en comparaison historique. Dans l’attente des premières estimations officielles, la Bundesbank a laissé entendre que le PIB allemand avait stagné durant le troisième trimestre.

En matière institutionnelle, l’UE est enlisée sur plusieurs fronts: le Brexit, le laxisme budgétaire italien,  sans oublier le vaste chantier visant à compléter l’union monétaire par une solidarité budgétaire accrue. A cet égard, l’affaiblissement d’Angela Merkel, qui vient d’annoncer son retrait de la vie politique à l’horizon 2021, fait craindre un immobilisme persistant en dépit des espoirs brièvement suscités par l’élection d’Emmanuel Macron en France.

Dans ce contexte tourmenté, la BCE s’est montrée inflexible, même si certains observateurs estiment que les conditions actuelles justifient une extension des achats d’actifs en 2019. Le dernier communiqué fait référence à des développements décevants, des économies émergentes vulnérables, des marchés financiers volatils et un climat d’incertitude engendré par le protectionnisme, mais la BCE maintient le cap fixé en juin: arrêt des achats d’actifs à fin décembre et maintien des taux d’intérêt directeurs à leurs niveaux actuels jusqu’à la fin de l’été 2019 au moins.

Comme aux USA, le climat boursier tempétueux a favorisé une détente des taux d’intérêt en euros. Le rendement du «Bund» allemand a reflué de 8 points de base à 0,36 %. La réduction du «spread» entre l’Allemagne et l’Italie traduit un apaisement précaire, favorisé par la clémence de Moody’s, qui a réduit le rating à Baa3 avec des perspectives stables et de Standard & Poor’s qui s’est contentée de modifier les perspectives de «stables» à «négatives» sans modifier le rating actuel de BBB. Hors zone euro, les emprunts britanniques et helvétiques présentent aussi des rendements en repli, à la faveur du regain d’intérêt pour les actifs les moins risqués.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI



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