Tout semble bien se dérouler, mais jusqu’à quand?

lundi, 05.11.2018

Obligataire. L’économie américaine affiche un fort dynamisme, voué à faiblir progressivement dès 2019.

François Christen*

D’humeur fluctuante, les investisseurs ont retrouvé un certain appétit pour les actifs risqués, au détriment des actifs offrant les meilleures garanties de sécurité. Les emprunts gouvernementaux présentent généralement des rendements orientés à la hausse, à l’instar du «T-Note» US à dix ans qui dégage à nouveau une rémunération annuelle proche de 3,2% (en hausse de 8 points de base par rapport à la semaine passée). Ces tensions font écho à un redressement de Wall Street et à une décrue des primes de risque associées aux obligations d’entreprises.

Bien que précaire, le rétablissement de la confiance des investisseurs est étayé par une actualité macroéconomique assez réjouissante, mettant en lumière une économie américaine vigoureuse. La dernière enquête conduite par le Conference Board auprès des consommateurs traduit une amélioration de la confiance qui culmine toujours à un niveau élevé (137,9 en octobre après 135,3 en septembre). Du côté des entreprises, la marche des affaires est toujours florissante si l’on se fie à la dernière enquête de l’ISM (indice manufacturier à 57,7 après 59,8).

L’incontournable rapport de l’emploi, publié vendredi passé, fait état de la création de 250.000 postes en octobre (un chiffre sensiblement supérieur aux attentes). Derrière les aléas mensuels, la tendance de fond se maintient à un rythme d’embauche nette proche de 180.000 par mois, soit plus de 2 millions par année. Le taux de chômage est inchangé, à 3,7%, un niveau jugé inférieur au taux «naturel» ou «non accélérateur d’inflation», tandis que le taux de participation au marché du travail a augmenté de 0,2 point de pourcentage à 62,9%. 

La progression du salaire horaire moyen a retenu l’attention en atteignant un rythme de 3,1% qui n’avait plus été observé depuis plus de dix ans! Selon toute vraisemblance, le taux de chômage devrait encore baisser avant de se redresser sous l’effet d’un refroidissement de la conjoncture, voire d’un épisode de récession, encore absent des écrans radars. Cette baisse implique une prédominance des risques d’inflation qui justifie le cap monétaire restrictif suivi par la Réserve Fédérale.

«Double majorité» 

Les élections «midterms», qui se déroulent ce mardi, ne constituent pas un enjeu majeur pour les marchés financiers, car Donald Trump a déjà mis en œuvre le volet fiscal de son programme. La perte de la «double majorité» des Républicains, si les Démocrates parviennent à reprendre le contrôle de la Chambre des représentants comme suggéré par certains sondages, n’implique pas une grande rupture au regard de la situation actuelle qui exige déjà des compromis avec les Démocrates et une majorité républicaine hétérogène et souvent réfractaire aux projets de la Maison Blanche.

Les bonnes nouvelles macroéconomiques sont complétées par les résultats flatteurs publiés par une majorité d’entreprises cotées. Les profits déjà dévoilés aux USA pour le troisième trimestre affichent une croissance qui atteint 24% en glissement annuel (après 25% aux T1 et T2). Ce bond, ainsi que le décalage avec l’Europe où les profits affichent une progression de l’ordre de 14%, résulte dans une large mesure de la baisse des impôts survenue en début d’année. Un fort ralentissement de la croissance des bénéfices est donc inéluctable et il convient de rester attentif aux résultats non affectés par la fiscalité, tels que le chiffre d’affaires et les perspectives annoncées par les entreprises.

Actualité morne

En Europe, les nouvelles économiques sont moins réjouissantes, ce qui explique le recul moins prononcé des marchés obligataires. La problématique du marché du travail et des tensions salariales ne s’applique pas à la zone euro, où le taux de chômage reste assez élevé (8,1% en septembre) en dépit d’une lente décrue qui devrait se poursuivre. Le rétablissement de la confiance des investisseurs a néanmoins provoqué un léger redressement de la structure des taux d’intérêt en euros. En hausse de 4 points de base, le rendement du «Bund» allemand à dix ans est repassé au-dessus de 0,4% alors que les emprunts à court terme présentent des valorisations inchangées. 

L’actualité conjoncturelle est morne. La croissance du PIB de la zone euro n’a pas dépassé 0,2% au troisième trimestre (1,7% en glissement annuel), en net retrait du dynamisme observé à fin 2017. L’érosion des PMIs (52 en octobre après 53,2 pour le secteur manufacturier), le déclin de l’indice de confiance économique de la Commission Européenne (109,8 après 110,9) et la dégradation du climat des affaires (1,01 après 1,21) sont autant de symptômes suggérant qu’il ne faut pas espérer un rebond de la croissance avant la fin de l’année. La prudence de la BCE est donc justifiée par l’essoufflement de la zone euro et par le comportement de l’inflation sous-jacente (1,1% en glissement annuel, même si l’inflation générale de 2,2% excède légèrement la cible visée par la banque centrale).

Tassement de la croissance

Des tensions plus prononcées affectent le marché des capitaux en livres sterling. Le rapport trimestriel de Banque d’Angleterre consacré à l’inflation prévoit une croissance avoisinant 1,75%, un rythme jugé supérieur au potentiel d’une économie dont les surcapacités sont largement épuisées. La banque centrale escompte un retour vers l’objectif d’inflation à l’horizon 2021 et laisse entendre qu’elle continuera à resserrer les conditions monétaires de manière graduelle et limitée. En Suisse, plusieurs indicateurs, tels que l’indice avancé du KOF (100,1 après 102.3), préfigurent un tassement de la croissance. Les rendements en francs demeurent sous pression, malgré quelques tensions épidermiques en phase avec les autres économies avancées.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI



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